<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"><channel><title>La Nouvelle Lettre du Jeudi</title><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/</link><description>&#xc0; propos des images et d&apos;autres choses.
Olivier Deprez</description><language>fr</language><lastBuildDate>Tue, 29 Dec 2009 10:02:26 GMT</lastBuildDate><generator>CanalBlog - http://www.canalblog.com</generator><item><title>&#xc0; propos d&apos;Avatar</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/24/16266613.html</link><category>Notules</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/24/16266613.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16266613/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/24/16266613.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&#xc0; propos d&apos;&lt;em&gt;Avatar&lt;/em&gt;, film que je n&apos;ai pas vu, un tr&#xe8;s &#xe9;clairant commentaire sur ce &lt;a href=&quot;http://io9.com/5422666/when-will-white-people-stop-making-movies-like-avatar&quot;&gt;blog&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Thu, 24 Dec 2009 10:41:00 GMT</pubDate></item><item><title>Reprise des fadeurs </title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/19/16211712.html</link><category>Notules</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/19/16211712.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16211712/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/19/16211712.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;C’est Calvino qui pour une large part m’ouvre l’espace de la litt&#xe9;rature italienne et de la litt&#xe9;rature tout court tant lire cet auteur c’est aussi — comme &#xe0; chaque fois c’est le cas chez les &#xe9;crivains authentiques — lire et relire des livres que l’on conna&#xee;t ou que l’on d&#xe9;couvre en leur compagnie. Je ne suis pas un grand &#xab; fan &#xbb; de ses fictions, je les ai lues lorsque j’avais vingt ans et ne suis pas certain d’avoir envie de les relire, mais je lis avec une d&#xe9;lectation &#xe9;vidente ses textes critiques et autobiographiques. &#xc0; cela une raison, au moins, c’est d’abord la probit&#xe9; intellectuelle de l’auteur et la coh&#xe9;rence de son &#xe9;volution, son aptitude &#xe0; l’autocritique (mais pas l’autocritique destructrice et masochiste, non la bonne autocritique, ce que Renaud Camus nomme le &lt;em&gt;petimento&lt;/em&gt; et que j’appellerais pour ma part la &lt;em&gt;reprise&lt;/em&gt;). L’&#xe9;rudition de Calvino para&#xee;t sans limite. Il commente avec ma&#xee;trise et finesse les auteurs latins autant que les auteurs modernes. Enfin, il poss&#xe8;de cette facult&#xe9; qui me semble &#xe9;galement caract&#xe9;ristique du bon &#xe9;crivain, du vrai &#xe9;crivain, il voit tr&#xe8;s bien o&#xf9; il se situe sur l’&#xe9;chiquier litt&#xe9;raire. Il faut ajouter aussi l’extr&#xea;me modestie de sa prose. &#xc0; cette modestie, il y a sans doute une explication. Il est pass&#xe9; en effet d’une tr&#xe8;s grande ambition de transformation de la soci&#xe9;t&#xe9; par son adh&#xe9;sion de jeunesse au parti communiste (le contexte italien de la seconde guerre mondiale explique et justifie, je crois, cet engagement) au constat d’une difficult&#xe9; grandissante &#xe0; saisir la complexit&#xe9; du r&#xe9;el et &lt;em&gt;a fortiori&lt;/em&gt; de le transformer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’avais &#xe9;crit &#xab; Enfin &#xbb;, mais finir, lorsque l’on &#xe9;crit, cela n’arrive jamais (&lt;em&gt;pentimento&lt;/em&gt; oblige). Car, je voudrais mentionner un trait qui m’est cher dans l’œuvre critique de Calvino et m&#xea;me dans toute son œuvre, c’est la pr&#xe9;sence constante et po&#xe9;tique d’une math&#xe9;matique, d’un calcul, d’une formule. Tout dans ses phrases montrent les origines de l’auteur : son p&#xe8;re et sa m&#xe8;re &#xe9;taient des scientifiques, cela se sent &#xe0; chaque virgule ; mais au lieu d’&#xea;tre g&#xea;nant, cette conception scientifique de la phrase et du monde r&#xe9;el et litt&#xe9;raire porte vers plus de po&#xe9;sie, plus de finesse, plus de justesse. Lire Calvino me repose de l’irrationalisme religieux sans cesse&amp;nbsp; croissant et me renforce dans cette exigence somme toute fondamentale et &#xe9;vidente de la recherche du vrai. Ce vrai qui se d&#xe9;robe &#xe0; chaque instant et que l’artiste et l’&#xe9;crivain, le scientifique &#xe0; un autre degr&#xe9;, suivent &#xe0; la trace sans jamais le saisir. Un peu comme le chien de Stendhal qu’&#xe9;voque Calvino dans l’une de ses tr&#xe8;s belles gloses stendhaliennes. Stendhal dit qu’il est comme le chien qui &#xe0; la chasse l&#xe8;ve le gibier. Il faut ensuite que le lecteur soit un bon tireur, etc. Lever le gibier, c’est la modeste t&#xe2;che de l’&#xe9;crivain et de l’artiste. Le reste ne d&#xe9;pend plus d’eux.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;Note : on trouvera les gloses stendhaliennes dans le volume II des &lt;em&gt;D&#xe9;fis aux labyrinthes &lt;/em&gt;publi&#xe9;s au Seuil. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sat, 19 Dec 2009 15:00:00 GMT</pubDate></item><item><title>Limitation du domaine</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/19/16210192.html</link><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/19/16210192.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16210192/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/19/16210192.html</guid><description>
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;a mce_href=&quot;http://www.hominides.com/html/art/art.php&quot; href=&quot;http://www.hominides.com/html/art/art.php&quot;&gt;Une hypoth&#xe8;se&lt;/a&gt; peut-&#xea;tre insens&#xe9;e (ou pas) : la grotte comme premi&#xe8;re salle obscure ou l’intuition du cin&#xe9;matographe. &lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;S’est-on interrog&#xe9; vraiment sur ce choix pour le
moins &#xe9;trange qui a vu les hommes des premiers temps peindre dans des
lieux obscurs ? N’&#xe9;tait-ce que pour ainsi se joindre aux esprits des
dieux et des animaux comme le pr&#xe9;tend l’hypoth&#xe8;se magico-chamanique ?
Ou bien, autre explication moins magique, plus prosa&#xef;que, ces hommes
n’eurent-ils pas plut&#xf4;t cette intuition puissante que les images, le
visible, ne pouvaient se pr&#xe9;senter pour obtenir l’effet dramatique
recherch&#xe9; que dans la plus grande tension, c’est-&#xe0;-dire menac&#xe9;s
d’embl&#xe9;e par l’opacit&#xe9; d’une caverne close ? En somme, ne
commenc&#xe8;rent-ils pas par r&#xe9;cuser tout mythe de la transparence, de la
clart&#xe9;, de l’&#xe9;vidence au profit d’une conception sophistiqu&#xe9;e de la
repr&#xe9;sentation ? Et au-del&#xe0; de ce refus, ne sentirent-ils pas une
insondable communaut&#xe9; de la noirceur et de la repr&#xe9;sentation en
laquelle on serait presque tent&#xe9; de voir s’esquisser la &lt;em&gt;camera obscura,&lt;/em&gt;
la lanterne magique, le panorama et la salle de cin&#xe9;ma. Eux qui
r&#xea;vaient aussi, certainement, ne sentaient-ils pas que les images
naissent de la nuit et des r&#xea;ves ? Ces images qui devaient &#xe9;merger &#xe0; la
lueur de torches que l’on devait promener le long des parois
n’avaient-elles pas d’abord un r&#xf4;le social de repr&#xe9;sentation, de
reconnaissance et de plaisir partag&#xe9; ? En tout premier lieu ne
commenc&#xe8;rent-ils pas tout simplement par &#xe9;prouver du plaisir &#xe0;
dessiner, &#xe0; graver, &#xe0; peindre, &#xe0; d&#xe9;poser leurs empreintes, &#xe0; jouer avec
leurs facult&#xe9;s intellectuelles et manuelles ? Si les grottes furent
aussi des sanctuaires, ce f&#xfb;t sans doute tardivement qu’elles le
devinrent quand l’esprit de s&#xe9;rieux et la peur de quelques-uns, leur
d&#xe9;sir de puissance et de domination, l’emporta. Ce qui avait &#xe9;t&#xe9; libre
spectacle pour tous devint lieu d’initiation r&#xe9;serv&#xe9; &#xe0; une caste
dominante, restreint au regard du seul initi&#xe9;. L’image &#xe9;tait devenue
enjeu de pouvoir. Les cavernes &#xe9;taient d&#xe9;sormais d&#xe9;volues aux myst&#xe8;res.
Sont-ce d’ailleurs les m&#xea;mes hommes qui dessin&#xe8;rent et ceux qui plus
tard transform&#xe8;rent ces lieux de spectacle en lieu de myst&#xe8;res ? Qui
pourrait le dire ?&lt;/font&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Ces hommes qui dessin&#xe8;rent sur les parois eurent aussi une seconde
intuition g&#xe9;niale. Ils exprim&#xe8;rent par leur choix de lieux le plus
souvent enfouis et difficilement accessibles que l’homme pour se livrer
&#xe0; l’activit&#xe9; de la repr&#xe9;sentation (et je ne parle m&#xea;me pas encore
d’art, notion anachronique et d&#xe9;termin&#xe9;e par notre civilisation) devait
imp&#xe9;rativement s’isoler, mettre une distance entre lui et l’action
v&#xe9;cue qu’il d&#xe9;sirait repr&#xe9;senter. Bref, l’homme de ce pass&#xe9; lointain
&#xe9;tait d&#xe9;j&#xe0; pleinement conscient de la n&#xe9;cessit&#xe9; de la m&#xe9;diation et de
la distance avec la chose repr&#xe9;sent&#xe9;e. Cet homme, notre anc&#xea;tre, avait
d&#xe9;j&#xe0; bien compris que l’activit&#xe9; de repr&#xe9;sentation &#xe9;tait une activit&#xe9;
sp&#xe9;cifique qui demandait le retrait, l’isolement, la nuit, le lointain,
l’enfouissement.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;De plus, excellent graphiste, il savait distinguer par des styles
diff&#xe9;rents les sujets repr&#xe9;sent&#xe9;s. Il avait aussi d&#xe9;j&#xe0; bien &#xe0; l’esprit
que la parole et les images sont &#xe9;troitement li&#xe9;es. Leurs images
n’&#xe9;taient pas muettes bien que d&#xe9;pourvues de texte. Elles supposaient
en effet, j’imagine, un certain degr&#xe9; de discours dans la mesure o&#xf9; la
disposition des motifs devait sans doute &#xea;tre r&#xe9;gul&#xe9;e par un r&#xe9;cit
cosmogonique connu de tous. Autrement dit, ces hommes &#xab; primitifs &#xbb;
r&#xe9;glaient leur geste graphique et pictural selon l’ordre d’un discours
pr&#xe9;cis, bref ils accordaient une place &#xe0; ce que bien plus tard,
d’autres hommes ont appel&#xe9; la rh&#xe9;torique et plus sp&#xe9;cialement dans la
rh&#xe9;torique l’art de la disposition des diff&#xe9;rentes parties du discours (&lt;em&gt;dispositio&lt;/em&gt;
dans la rh&#xe9;torique scolastique). Pour dire simplement les choses, ces
images peintes, grav&#xe9;es, dessin&#xe9;es, parlaient aux hommes de cette
&#xe9;poque. Elles n’&#xe9;taient pas d’obscurs signes tant&#xf4;t anthropomorphes et
tant&#xf4;t zoomorphes. Les images &#xe9;taient &lt;em&gt;lisibles&lt;/em&gt; autant que &lt;em&gt;visibles&lt;/em&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Ce qui signifie que cet homme &#xab; des cavernes &#xbb;, ce dessinateur dans
les entrailles de la terre &#xe9;tait loin d’&#xea;tre un sauvage livr&#xe9; &#xe0; la
toute puissance de ses instincts. La d&#xe9;licatesse des lignes, le soin
apport&#xe9; aux nuances, devrait au contraire nous convaincre que cet homme
agissait en toute connaissance de cause. Son geste n’&#xe9;tait pas soumis &#xe0;
la spontan&#xe9;it&#xe9; ni &#xe0; l’automatisme. On peut supposer que d’une part, son
geste &#xe9;tait guid&#xe9; par une premi&#xe8;re &#xe9;tude de la paroi (les dessins qui
&#xe9;pousent les formes de la roche et les accentuent tendent &#xe0; confirmer
cette hypoth&#xe8;se) et d’autre part son geste devait s’inscrire dans un
ordre de repr&#xe9;sentation que lui procurait la cosmogonie du groupe ;
sans doute cette cosmogonie &#xe9;tait-elle chant&#xe9;e et en ce cas, il y a une
certaine beaut&#xe9; et une certaine po&#xe9;sie &#xe0; concevoir que le dessin
s’inscrivait dans la continuit&#xe9; du chant.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;a mce_href=&quot;http://residencezero.wordpress.com/files/2009/12/panneau-chevaux-chauvet.jpg&quot; href=&quot;http://residencezero.wordpress.com/files/2009/12/panneau-chevaux-chauvet.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;213&quot; height=&quot;145&quot; mce_src=&quot;http://residencezero.wordpress.com/files/2009/12/panneau-chevaux-chauvet.jpg&quot; src=&quot;http://residencezero.wordpress.com/files/2009/12/panneau-chevaux-chauvet.jpg&quot; title=&quot;panneau-chevaux-chauvet&quot; class=&quot;size-full wp-image-92 aligncenter&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br mce_bogus=&quot;1&quot; /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Chant, paroles, obscurit&#xe9;, images &#xe9;clair&#xe9;es les unes apr&#xe8;s les
autres, peut-&#xea;tre d&#xe9;j&#xe0; l’esquisse du mariage du mouvement et de
l’image, ce dessinateur avait invent&#xe9; une sorte d’arch&#xe9;type du
cin&#xe9;matographe. Il n’est pas trop difficile de s’imaginer le conteur
torche &#xe0; la main en train de se promener le long de la paroi et de
r&#xe9;citer-chanter le r&#xe9;cit de chasse ou la cosmogonie. La plupart des
hypoth&#xe8;ses arch&#xe9;ologiques se tournent tr&#xe8;s, et trop peut-&#xea;tre,
s&#xe9;rieusement vers le sacr&#xe9;, vers la magie, vers le spirituel. Peu ont
envisag&#xe9; que l’homme de ce lointain pass&#xe9; avait pu trouver du plaisir &#xe0;
voir rejouer par le dessin et le r&#xe9;cit oral les souvenirs de la chasse,
les plaisirs amoureux, les plaisirs de la fiction cosmogonique. Je
m’interroge pour ma part sur le fait de savoir si la dimension sacr&#xe9;e
et spirituelle loin d’&#xea;tre premi&#xe8;re n’est pas d’abord un fait
secondaire et tardif ? Presque une d&#xe9;gradation de cette forme
primordiale de repr&#xe9;sentation qui devait d’abord procurer le plaisir de
la rem&#xe9;moration, plaisir collectif qui devait lui-m&#xea;me &#xea;tre l’objet de
commentaires critiques &#xe0; la sortie de la grotte. Il n’y a en effet
aucune raison d&apos;imaginer que notre lointain anc&#xea;tre demeurait
silencieux apr&#xe8;s la repr&#xe9;sentation. Sans doute, certains, et tous
pourquoi pas, avaient l’envie de commenter, d’&#xe9;valuer la qualit&#xe9; de ce
qu’ils avaient vu et entendu, de partager leurs impressions. Ce que
chacun nous faisons quand nous venons de voir un spectacle, de lire un
livre ou de voir une exposition. Ces traits typiquement humains
devaient, je suppose, caract&#xe9;riser aussi notre spectateur &#xab; primitif &#xbb;.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Sat, 19 Dec 2009 12:46:00 GMT</pubDate></item><item><title>La petite boutique </title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/11/16110698.html</link><category>gravures</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/11/16110698.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16110698/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/11/16110698.html</guid><description>&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Pour les visiteurs de ce blog &#xe9;ventuellement d&#xe9;sireux d&apos;acqu&#xe9;rir une ou des gravures sur bois (aigle royal ou vautour fauve), se rendre &#xe0; &lt;a href=&quot;http://olivierdeprez.com/index.php?/theshop/serie-aigle-vautour/&quot;&gt;la petite boutique.&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 11 Dec 2009 14:52:40 GMT</pubDate></item><item><title>Aigle royal c&#xe9;venol</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/10/16096921.html</link><category>gravures</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/10/16096921.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16096921/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/10/16096921.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;em&gt;pour Goele et ses belles gravures d&apos;oiseau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/04/83/130149/47318243.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;450&quot; height=&quot;305&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;aigleroyal&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/04/83/130149/47318243_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Thu, 10 Dec 2009 11:08:00 GMT</pubDate></item><item><title>Variation pour un logo</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/09/16087883.html</link><category>gravures</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/09/16087883.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16087883/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/09/16087883.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/35/30/130149/47291613.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;307&quot; height=&quot;450&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/35/30/130149/47291613_p.jpg&quot; alt=&quot;logomag_versionII&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Peut-&#xea;tre sera-ce le logo de la&lt;br /&gt;Maison des arts graphiques de Rogues&lt;br /&gt;(C&#xe9;vennes)&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 09 Dec 2009 15:37:08 GMT</pubDate></item><item><title>Vautour fauve </title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/09/16086017.html</link><category>gravures</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/09/16086017.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16086017/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/09/16086017.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/67/52/130149/47285298.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;363&quot; height=&quot;450&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/67/52/130149/47285298_p.jpg&quot; alt=&quot;vautourI&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 09 Dec 2009 13:06:53 GMT</pubDate></item><item><title>Table de travail avec aigle et vautour</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/09/16084914.html</link><category>Journal d&apos;un graveur, une reprise.</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/09/16084914.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16084914/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/09/16084914.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;em&gt;pour &lt;a href=&quot;http://didiergouxbis.blogspot.com/&quot;&gt;Didier&lt;/a&gt;, ces gravures&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/65/64/130149/47281770.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;450&quot; height=&quot;338&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;vautouaigle&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/65/64/130149/47281770_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Sur le bord inf&#xe9;rieur gauche de l&apos;image, ouvert, le livre intitul&#xe9; &amp;quot;&lt;a href=&quot;http://www.jose-corti.fr/titresromantiques/forme-poetique.html&quot;&gt;La forme po&#xe9;tique du monde&lt;/a&gt;&amp;quot;, une anthologie d&apos;une clart&#xe9; et d&apos;une densit&#xe9; remarquables. C&apos;est publi&#xe9; chez Jos&#xe9; Corti et c&apos;est passionnant.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 09 Dec 2009 11:20:00 GMT</pubDate></item><item><title>Essai relu et corrig&#xe9;</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/08/16074152.html</link><category>essai</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/08/16074152.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16074152/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/08/16074152.html</guid><description>&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Les lecteurs int&#xe9;ress&#xe9;s par le bref essai que je suis occup&#xe9; &#xe0; r&#xe9;diger &#xe0; propos de la th&#xe9;orie romantique de l&apos;art peuvent en lire une nouvelle version corrig&#xe9;e sur le blog de la &lt;a href=&quot;http://residencezero.wordpress.com/&quot;&gt;r&#xe9;sidence 0&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cet essai serait une introduction &#xe0; une vaste r&#xe9;flexion sur les rapports art vs nature. Le texte sera, je le souhaite et je l&apos;esp&#xe8;re, remani&#xe9; de fa&#xe7;on &#xe0; pouvoir &#xea;tre l&apos;objet d&apos;une publication de la Maison des arts graphiques de Rogues. Publication qui inaugurerait une collection de textes consacr&#xe9;s sp&#xe9;cifiquement &#xe0; cette probl&#xe9;matique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 08 Dec 2009 12:31:53 GMT</pubDate></item><item><title>Le trait comme fronti&#xe8;re, une autre proposition</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/05/16039500.html</link><category>gravures</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/05/16039500.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16039500/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/05/16039500.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;La surface du papier marqu&#xe9;e par le trait est le lieu d&apos;une exp&#xe9;rience de rencontre entre l&apos;artiste et ses perceptions. Le trait comme moment effectif d&apos;une rencontre, le trait grav&#xe9; comme rencontre sur une machine &#xe0; imprimer de deux mains, l&apos;une consid&#xe9;r&#xe9;e comme &amp;quot;normale&amp;quot;, l&apos;autre consid&#xe9;r&#xe9;e comme appartenant au domaine psychiatrique. La main d&apos;Olivier Deprez et la main d&apos;Adolpho Avril ont compos&#xe9; cet opus qui n&apos;est qu&apos;un fragment d&apos;une oeuvre en cours : &lt;a href=&quot;http://en.calameo.com/read/00012486272bc6f8236a9&quot;&gt;Apr&#xe8;s la mort apr&#xe8;s la vie&lt;/a&gt;. Ce fragment a &#xe9;t&#xe9; publi&#xe9; dans &amp;quot;Match de catch&amp;quot;, c&apos;est un ouvrage collectif co-&#xe9;dit&#xe9; par Fr&#xe9;mok et le CEC La Hesse. &lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sat, 05 Dec 2009 12:09:37 GMT</pubDate></item><item><title>Court essai sur le trait dans la th&#xe9;orie de l&apos;art romantique</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/04/16032397.html</link><category>essai</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/04/16032397.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16032397/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/04/16032397.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;J&apos;ai rassembl&#xe9; et corrig&#xe9; les textes pr&#xe9;c&#xe9;dents de fa&#xe7;on &#xe0; les couler dans un bref essai qui explore l&apos;importance de la notion graphique de &lt;em&gt;trait&lt;/em&gt; dans la th&#xe9;orie de l&apos;art du peintre et &#xe9;crivain romantique Carl Gustav Carus. cet essai par sa bri&#xe8;vet&#xe9; ne saurait pr&#xe9;tendre &#xe0; l&apos;exhaustivit&#xe9;, il se contente d&apos;esquisser une r&#xe9;flexion, de formuler des interrogations. Il manque encore &#xe0; ce texte un appareil de notes et de r&#xe9;f&#xe9;rences, j&apos;y travaille. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Artiste &lt;em&gt;devant&lt;/em&gt; le paysage ou artiste &lt;em&gt;dans&lt;/em&gt; le paysage ? &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;em&gt;Apr&#xe8;s que la puissance de toutes ces premi&#xe8;res impressions se fut un peu mod&#xe9;r&#xe9;e, &lt;br /&gt;le ph&#xe9;nom&#xe8;ne g&#xe9;ologique de cette surprenante formation crayeuse &lt;br /&gt;commen&#xe7;a par ailleurs &#xe0; faire valoir ses droits &#xe0; mon attention.&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Carl Gustav Carus, &lt;em&gt;Voyage &#xe0; l’&#xee;le de R&#xfc;gen&lt;/em&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;La th&#xe9;orie de l’art romantique m’int&#xe9;resse dans la mesure o&#xf9; elle &#xe9;nonce une th&#xe8;se forte &#xe0; propos du rapport de l’artiste et de la nature. Cette th&#xe8;se est d’ailleurs si puissante qu’elle continue d’habiter nos discours de fa&#xe7;on plus ou moins explicite. Les romantiques envisagent ce rapport comme une fusion des deux termes, non sans quelques contradictions comme je le montrerai plus loin. Ils illustrent parfaitement la th&#xe8;se que j’appellerai &#xab; fusionniste &#xbb;, th&#xe8;se qui pr&#xe9;tend que l’art fusionne avec la Nature (ou avec le R&#xe9;el ; la majuscule signale le caract&#xe8;re intrins&#xe8;quement id&#xe9;aliste voire mystique de cette th&#xe8;se). &#xc0; cette th&#xe8;se, on peut opposer la th&#xe8;se de la coupure esth&#xe9;tique soutenue par Jacques Ranci&#xe8;re dans son livre &#xab; Le spectateur &#xe9;mancip&#xe9; &#xbb; : il n’y a pas de continuum entre l’art et le r&#xe9;el. La formulation positive de cette th&#xe8;se consiste &#xe0; d&#xe9;clarer que le rapport art vs r&#xe9;el est un rapport distanci&#xe9;, m&#xe9;diatis&#xe9;, proc&#xe9;dural, mat&#xe9;riel. Selon cette th&#xe8;se l’art ne se d&#xe9;termine pas en relation &#xe0; un r&#xe9;el consid&#xe9;r&#xe9; comme son dehors. Cette th&#xe8;se suppose tout autre chose. Il n’y a pas de r&#xe9;el en soi, mais il y a des &#xab; configurations de ce qui est donn&#xe9; comme notre r&#xe9;el, comme l’objet de nos perceptions, de nos pens&#xe9;es et de nos interventions &#xbb;. L’art forge essentiellement &#xab; des formes d’un sens commun pol&#xe9;mique &#xbb;. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Ce qui est en jeu dans la confrontation entre les deux th&#xe8;ses ne se r&#xe9;sume pas &#xe0; l’opposition de deux conceptions du monde, de l’art et de la nature. Les deux th&#xe8;ses induisent aussi des conduites esth&#xe9;tiques diff&#xe9;rentes, de plus chacune offre une place diff&#xe9;rente au spectateur, au regardeur comme disait Duchamp. Chaque th&#xe8;se induit un type de relation diff&#xe9;rente &#xe0; l’œuvre d’art. La th&#xe8;se fusionniste subordonne la relation &#xe0; une r&#xe9;v&#xe9;lation de type extatique, ineffable, la th&#xe8;se s&#xe9;cessionniste induit une relation &#xe9;mancip&#xe9;e du spectateur avec l’œuvre qu’il regarde. Les deux th&#xe8;ses proposent cependant une reprise et un prolongement &#xe9;ventuels par le lecteur, le spectateur, le regardeur.&amp;nbsp; &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;strong&gt;1.Le trait comme limitation du domaine de l’art. &lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Lorsque Carl Gustav Carus, le peintre romantique ami de Caspar David Friedrich, fut confront&#xe9; au paysage sublime et sauvage de l’&#xee;le de R&#xfc;gen en 1819, son &#xe9;blouissement fut tel qu’il dut attendre une ann&#xe9;e enti&#xe8;re avant de peindre ce qu’il avait vu :&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&#xab;L&#xe0;, je d&#xe9;couvris un endroit o&#xf9;, le vent d’est animant plus fortement les flots, les vagues roulaient plus haut leur masse brune, se d&#xe9;versaient en &#xe9;cume et, se r&#xe9;g&#xe9;n&#xe9;rant sans cesse, se fracassaient contre le sable de la c&#xf4;te. Je voulais jeter quelques &#xe9;tudes sur le papier, mais &#xe0; peine eus-je esquiss&#xe9; quelques traits que je lan&#xe7;ai mon carton au loin, persuad&#xe9; qu’ici chaque trait &#xe9;tait une profanation de ce ph&#xe9;nom&#xe8;ne qui laisse pantelant d’&#xe9;motion et, boulevers&#xe9;, je demeurais les yeux fix&#xe9;s sur ce combat grandiose entre les &#xe9;l&#xe9;ments. &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt; Le paysage par l’exc&#xe8;s de sa pr&#xe9;sence, par sa sacralit&#xe9;, s’&#xe9;tait d&#xe9;rob&#xe9; au geste de l’artiste qui n’avait pu le fixer pr&#xe9;f&#xe9;rant abandonner son carton dans l’instant o&#xf9; cependant la beaut&#xe9; de la nature se d&#xe9;voilait &#xe0; lui. Cette anecdote, racont&#xe9;e dans les pages de ses Lebenserinnerungen und Denkw&#xfc;rdigkeiten, son journal intime, contient au moins deux faits &#xe0; propos desquels il convient de r&#xe9;fl&#xe9;chir. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Il ne para&#xee;t pas &#xe9;vident pour le peintre de concevoir graphiquement le paysage qui lui fait face. Un moment de latence, une distance, semble n&#xe9;cessaire pour enfin fixer la vision qui dans un premier temps l’a submerg&#xe9;. Pr&#xe9;cisons. Le peintre prend la mesure de la discordance entre ce qu’il voit, les falaises, le ressac du littoral de l’&#xee;le et le carton sur lequel il s’appr&#xea;te &#xe0; transcrire cette vue. Mieux encore, soudainement lui appara&#xee;t le caract&#xe8;re insens&#xe9; de son geste, la d&#xe9;rision de son art qui face &#xe0; la puissance du paysage perd toute signification. Carus, brusquement conscient de la diff&#xe9;rence fondamentale entre la nature et l’art, de l’impossibilit&#xe9; imm&#xe9;diate pour l’un de dire l’autre, pr&#xe9;f&#xe8;re jeter au loin le carton &#xe0; dessin et se laisse aller &#xe0; la pure contemplation. Ce qui ne signifie pas que le peintre abandonne toute id&#xe9;e de rendre compte de cette exp&#xe9;rience puisque, en effet, un an plus tard, nous dit-il, il peindra un tableau qui repr&#xe9;sente ce qu’il a vu en ces instants. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Or, il est important de souligner que lors de ce voyage &#xe0; l’&#xee;le de R&#xfc;gen, le peintre aura tr&#xe8;s souvent dessin&#xe9; sur le vif. Ce que l’artiste aura v&#xe9;cu face &#xe0; la puissance du ressac semble bien &#xea;tre une exp&#xe9;rience singuli&#xe8;re, un &#xe9;v&#xe9;nement qui ne correspond pas &#xe0; sa conduite artistique habituelle qui le voit dessiner dans toutes sortes de situations, y compris sur un bateau soumis au tangage. Peut-&#xea;tre pourra-t-on mieux &#xe9;valuer la signification de cet &#xe9;v&#xe9;nement singulier si l’on se reporte au commentaire que Carus r&#xe9;dige apr&#xe8;s coup dans son journal :&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&#xab; …deux ressorts importants durent &#xe0; ces seules fantasmagories de R&#xfc;gen de pouvoir s’&#xe9;laborer : &#xe0; savoir, pour l’un, le profond sentiment de la singularit&#xe9; de l’&#xe9;l&#xe9;ment romantique nord-allemand et, pour l’autre, une plus parfaite appr&#xe9;hension de ce qu’en dessin on appelle le trait. &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Voil&#xe0; donc ce qui dans l’impossibilit&#xe9; de croquer sur le vif le ressac se sera inscrit comme en creux, la conscience de la singularit&#xe9; d’un site et une meilleure &#xab; appr&#xe9;hension &#xbb; du &#xab; trait &#xbb;. Cette singularit&#xe9; est nomm&#xe9;e et d&#xe9;sign&#xe9;e par Carus de mani&#xe8;re tr&#xe8;s explicite et paradoxale car &#xe0; travers l’expression &#xab; &#xe9;l&#xe9;ment romantique nord-allemand &#xbb;, c’est &#xe0; une transmutation que se livre le peintre. Transmutation de l’&#xe9;l&#xe9;ment naturel en &#xe9;l&#xe9;ment esth&#xe9;tique. La nature par le biais de cette expression communique avec l’esprit romantique. Ce qui signifie non pas comme on pourrait le traduire un peu trop vite une esth&#xe9;tisation du paysage. Au contraire, cela signifie que l’exp&#xe9;rience esth&#xe9;tique prend toute sa mesure en ce qu’elle communie avec la terre, avec un lieu d&#xe9;termin&#xe9; marqu&#xe9; par le temps, par le climat, par une mani&#xe8;re d’&#xea;tre habit&#xe9;, une terre intimement li&#xe9;e &#xe0; une langue et &#xe0; un peuple. L’esprit des lieux, le genius loci, c’est donc aussi le g&#xe9;nie du pays nord-allemand. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Pourtant, cette conception d’un continuum nature vs culture nationale ne para&#xee;t pas &#xea;tre sans faille. Et c’est sans doute le deuxi&#xe8;me aspect qui s’inscrit n&#xe9;gativement dans l’exp&#xe9;rience face au ressac qui est explicit&#xe9; par Carus dans les lignes qui suivent :&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&#xab; Il faut savoir qu’un bonne part de l’art, et non la moins importante, r&#xe9;side dans cette seule notion de trait, et cela d&#xe9;j&#xe0; pour cette simple raison : on est en droit de dire que le trait, dans sa stricte acceptation, n’existe pas dans la nature, devenant du m&#xea;me coup et d’autant plus l’affaire de l’art. &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Si dans un premier temps, le peintre romantique pose une ad&#xe9;quation entre la nature et la culture, dans la mesure o&#xf9; m&#xea;me le paysage exprime le caract&#xe8;re national, il appara&#xee;t clairement que sa conception de la chose artistique passe par un moment de distinction de ces deux &#xe9;l&#xe9;ments. L’art ne saurait se confondre avec la nature car son outil principal, le trait, n’existe pas dans la nature. Tr&#xe8;s logiquement, le peintre en inf&#xe8;re que l’art poss&#xe8;de une sp&#xe9;cificit&#xe9; quand il &#xe9;crit, je paraphrase, que le trait est un caract&#xe8;re propre de l’art. Cette conception introduit donc une faille dans les rapports de la nature avec l’art. Lorsque Carus face au ressac jette au loin son carton, c’est de cette faille qu’il prend concr&#xe8;tement conscience. Alors qu’auparavant dans le texte lorsqu’il d&#xe9;crit les sc&#xe8;nes o&#xf9; il dessine sur le vif tout se passe comme si le trait accompagnait, reprenait, continuait une ligne r&#xe9;elle naturelle, soudainement, au moment de sa &#xab; r&#xe9;v&#xe9;lation &#xbb;, l’artiste prend la mesure de l’&#xe9;cart qui existe entre le naturel du ressac et l’artifice du trait.&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Deux &#xe9;l&#xe9;ments dans la conception esth&#xe9;tique de Carl Gustav Carus contredisent donc le vœu romantique d’une fusion de l’art avec la nature. D’une part, le temps qui lui aura &#xe9;t&#xe9; n&#xe9;cessaire pour trouver le moyen de transcrire le chaos du ressac et d’autre part le trait qui exprime le propre de l’art et la distance qui s&#xe9;pare l’art de la nature. Ni dans le temps, ni dans l’espace, l’art ne peut fusionner avec la nature. Il n’existe pas de continuum de l’un &#xe0; l’autre. Cette conception n’emp&#xea;che pas le peintre de peindre un paysage. Conclure de l’&#xe9;cart de l’art avec la nature &#xe0; une impossibilit&#xe9; de repr&#xe9;sentation, une impossibilit&#xe9; de th&#xe9;matiser la nature par l’art, est vain et inutile dans la mesure o&#xf9; pr&#xe9;cis&#xe9;ment l’art est la conscience m&#xea;me de la distance qui nous s&#xe9;pare de la nature. Paradoxalement, c’est au contact de la nature que cette conscience se fait. Peindre, dessiner, cr&#xe9;er, c’est aller &#xe0; la rencontre de la conscience de cette diff&#xe9;rence fondamentale. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Ce hiatus entre la th&#xe9;orie romantique et la r&#xe9;alit&#xe9; mat&#xe9;rielle du geste artistique qu’exprime le trait n’est pourtant qu’apparent. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;strong&gt;2. L’art comme myst&#xe8;re. &lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;D’embl&#xe9;e dans la premi&#xe8;re lettre se r&#xe9;v&#xe8;le le c&#xf4;t&#xe9; de &#xab; ce-qui-ne-va-pas-de-soi &#xbb; de la th&#xe9;orie : &#xab; Je ne voudrais pas qu’&#xe0; l’instar de plus d’un novateur, tu te conformes &#xe0; l’opinion selon laquelle une discussion ou une recherche &#xe9;crite sur l’art et sur la beaut&#xe9; pourrait &#xea;tre tenue pour un sacril&#xe8;ge, voire une profanation ; selon laquelle le sentiment et la sensation seraient seuls ici de mise et pourraient seuls trancher. &#xbb; Sacril&#xe8;ge et profanation sont des termes forts qui expliquent n&#xe9;anmoins parfaitement les cons&#xe9;quences de la th&#xe9;orie qui souvent consiste en une mise &#xe0; nu des m&#xe9;canismes de l’œuvre d’art et des ressorts qui la soutiennent. La th&#xe9;orie poss&#xe8;de un moment critique qui pourrait menacer l’int&#xe9;grit&#xe9; de l’œuvre, son myst&#xe8;re. Ce n’est donc pas sans pr&#xe9;caution que Carus c&#xe8;de &#xab; au plaisir int&#xe9;rieur &#xbb; de laisser ces pens&#xe9;es &#xab; vagabonder dans les plaines de la beaut&#xe9; &#xbb;.&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Si le peintre romantique qu’est Carus s’obstine &#xe0; mettre &#xe0; nu le discours qui fonde sa pratique, c’est essentiellement du fait de sa conception totalisante de l’homme : &#xab; un &#xe9;tat d’&#xe2;me vraiment po&#xe9;tique est bien une exaltation de l’homme tout entier &#xbb;. Pour &#xe9;chapper &#xe0; l’&#xe9;cueil de la th&#xe9;orie con&#xe7;ue comme redoublement de l’œuvre, le peintre suppose une conjonction de la sensation et de ce qu’il appelle &#xab; la vision d’une volont&#xe9; pure &#xbb; (ce que je risque de traduire par &#xab; pens&#xe9;e &#xbb;). De ce point de vue, la th&#xe9;orie prolonge la pratique, la pens&#xe9;e la sensation. Le peintre cherche une configuration qui lui permette de sentir et en m&#xea;me temps de penser sa sensation. L’art selon Carus ne peut se r&#xe9;sumer &#xe0; l’imm&#xe9;diatet&#xe9; de la sensation. Encore une fois, cela semble contredire la th&#xe9;orie romantique.&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Mais pour l’instant afin de mieux comprendre cette conjonction de la pens&#xe9;e et de la sensation, il faut avancer dans notre lecture de la premi&#xe8;re lettre. Carus illustre son propos en &#xe9;voquant les courses en montagnes: &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&#xab; Le plaisir de contempler &#xe0; partir d’un sommet montagneux l’entrelacement des vall&#xe9;es que nous venons de parcourir n’est pas att&#xe9;nu&#xe9;, mais nous sentons bien plut&#xf4;t intensifi&#xe9;e l’impression d’ensemble, parce que s’y r&#xe9;p&#xe8;te et y revient en quelque sorte la jouissance que nous avons &#xe9;prouv&#xe9;e en certains endroits &#xbb;. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Autrement dit, il appartient &#xe0; la pens&#xe9;e, &#xe0; la th&#xe9;orie, de rejouer la sensation afin d’amplifier la jouissance esth&#xe9;tique. La th&#xe9;orie offre une vue d’ensemble et revient sur les endroits les plus significatifs du point de vue esth&#xe9;tique. Ici Carus nous donne un condens&#xe9; de sa m&#xe9;thode r&#xe9;flexive successivement synth&#xe9;tique et analytique. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;La th&#xe9;orie est limit&#xe9;e cependant dans son champ d’investigation, elle peut permettre de mieux jouir de l’œuvre d’art, mais elle ne donne pas acc&#xe8;s au myst&#xe8;re de l’art :&amp;nbsp; &#xab; Toute v&#xe9;ritable &#xe9;tude de la nature ne peut que conduire l’homme jusqu’au seuil de myst&#xe8;res sup&#xe9;rieurs &#xbb;. Ce que plus loin dans la seconde lettre le peintre th&#xe9;oricien traduira en affirmant que l’art est &#xab; un m&#xe9;diateur de la religion &#xbb;.&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;La finalit&#xe9; de l’art romantique est donc fondamentalement extatique : &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&#xab; Quels sentiments s’emparent de toi lorsque gravissant le sommet des montagnes, tu contemples de l&#xe0;-haut la longue suite des collines, le cours des fleuves et le spectacle glorieux qui s’ouvre devant toi ? — tu te recueilles dans le silence, tu te perds toi-m&#xea;me dans l’infinit&#xe9; de l’espace, tu sens le calme limpide et la puret&#xe9; envahir ton &#xea;tre, tu oublies ton moi. &lt;em&gt;Tu n’es rien, Dieu est tout&lt;/em&gt;. &#xbb; &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Cette progression fonctionne comme une m&#xe9;tonymie du cheminement qui a men&#xe9; le peintre au sommet de la montagne.&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;En ce point devient manifeste la fonction de la repr&#xe9;sentation du paysage dans le tableau. La focalisation du tableau romantique place le spectateur dans la situation du peintre qui a v&#xe9;cu cette exp&#xe9;rience extatique. Le spectateur est invit&#xe9; &#xe0; se perdre &#xe0; son tour dans l’infinit&#xe9; sugg&#xe9;r&#xe9;e par l’œuvre d’art. C’est en ce sens tr&#xe8;s pr&#xe9;cis et tr&#xe8;s clair que l’art est un m&#xe9;diateur de la religion. Le spectateur refait symboliquement le chemin spirituel de l’artiste. Chemin qui pour Carus aura toujours &#xe9;t&#xe9; d’abord un chemin&amp;nbsp; parcouru r&#xe9;ellement. Pour le peintre, le geste m&#xea;me de peindre, de repr&#xe9;senter ce chemin parcouru, appartient &#xe0; la sph&#xe8;re spirituelle d’un cheminement mystique. Peindre pour les romantiques, c’est aller vers cette image qui sugg&#xe8;re le myst&#xe8;re de la nature, le tout divin du monde et qui permet d’acc&#xe9;der &#xe0; un degr&#xe9; sup&#xe9;rieur de la r&#xe9;alit&#xe9;.&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Il est remarquable de constater que le motif (et topos) qui met en sc&#xe8;ne la position r&#xe9;flexive et la position&amp;nbsp; m&#xe9;ditative (ou extatique) est identique dans les deux cas : c’est du sommet des montagnes, lieu lui-m&#xea;me hautement symbolique, que les deux types d&apos;exp&#xe9;riences acc&#xe8;dent &#xe0; leur pleine conscience. Cette situation illustre la grande tension qui existe dans l’esth&#xe9;tique romantique qui d’une part se veut r&#xe9;flexive et d’autre part extatique. L’esth&#xe9;tique c&#xf4;toie donc une mystique. Un discours rationnel de la sensation par d&#xe9;finition communicable et transmissible soutient paradoxalement que la finalit&#xe9; de l’art est extatique. L’art par cons&#xe9;quent est de l’ordre d’un myst&#xe8;re qui ne peut &#xea;tre &#xe9;lucid&#xe9; ni communiqu&#xe9; sinon sous forme d’une œuvre &#xe0; caract&#xe8;re initiatique dont la dissolution de l’individu dans la grandeur divine est l’ultime &#xe9;tape.&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;strong&gt;3. L’autonomie de l’œuvre d’art dans la th&#xe9;orie.&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Malgr&#xe9; sa conception extatique de l’art, le peintre romantique, je l’ai soulign&#xe9;, a le souci d’inscrire son geste dans la mat&#xe9;rialit&#xe9; du trait, trait qui devient comme la limitation effective, concr&#xe8;te, entre le domaine de l’art et le domaine de la nature. D’un point de vue purement philosophique, il faudrait ici montrer comment cette limitation n’est qu’une reprise sur le plan mat&#xe9;riel de la th&#xe9;orie de la connaissance romantique qui elle-m&#xea;me, &#xe0; son origine, n’est qu’une reprise de la conception de Fichte qui repose sur l’&#xe9;quation c&#xe9;l&#xe8;bre, formul&#xe9;e en 1804 dans son livre le plus c&#xe9;l&#xe8;bre &lt;em&gt;La doctrine de la science&lt;/em&gt; : moi = moi. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Walter Benjamin a &#xe9;tudi&#xe9; cette conception dans son livre intitul&#xe9; Le concept de critique esth&#xe9;tique dans le romantisme allemand montre avec beaucoup de clart&#xe9; combien la th&#xe9;orie de l’art est intrins&#xe8;quement li&#xe9;e &#xe0; la th&#xe9;orie de la connaissance chez les romantiques. Bri&#xe8;vement r&#xe9;sum&#xe9;e, cette th&#xe9;orie de la connaissance se caract&#xe9;rise par l’&#xe9;lision du rapport sujet vs objet et corr&#xe9;lativement par une fusion de l’observateur et de la chose observ&#xe9;e ; Benjamin tr&#xe8;s justement parle &#xe0; ce propos d’une &#xab; observation magique &#xbb; (elle abolit la distance que requiert normalement toute exp&#xe9;rience). Cette connaissance se joue dans l’imm&#xe9;diatet&#xe9; de l’intuition. Il y a par cons&#xe9;quent ce paradoxe dans la th&#xe9;orie romantique d’une r&#xe9;flexivit&#xe9; se donnant dans l’imm&#xe9;diatet&#xe9; d’une intuition. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Or si l’exp&#xe9;rience esth&#xe9;tique a pour finalit&#xe9; la fusion avec l’&lt;em&gt;Erdgeist&lt;/em&gt;, l’&#xe2;me du monde, comment pr&#xe9;server tr&#xe8;s concr&#xe8;tement la pratique artistique en tant que telle ? &#xc0; un moment donn&#xe9;, en effet, cette conception fusionnelle de l’art avec la nature risque d’entra&#xee;ner la disparition de l’art lui-m&#xea;me. Novalis cit&#xe9; par Benjamin d&#xe9;clare d’une fa&#xe7;on on ne peut plus claire cette fusion. L’art, dit-il, &#xab; est en quelque sorte la nature se regardant, s’imitant, se formant elle-m&#xea;me &#xbb;.&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;C’est ici n&#xe9;anmoins que la nouveaut&#xe9; et la sp&#xe9;cificit&#xe9; de la peinture de paysage romantique se r&#xe9;v&#xe8;lent. Carl Gustav Carus invente quant &#xe0; lui le terme &lt;em&gt;erdlebenerlebnis&lt;/em&gt; qui signifie exp&#xe9;rience de la vie de la terre. Il s’agit donc de mettre en place un dispositif pictural qui rende compte de cette exp&#xe9;rience, et mieux encore, qui soit cette exp&#xe9;rience de fa&#xe7;on que, plus tard, le spectateur &#xe0; son tour puisse revivre l’exp&#xe9;rience extatique de fusion avec la vie de la terre.&amp;nbsp; &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;La repr&#xe9;sentation, autrement dit l’imitation de la nature, n’est plus d&#xe8;s lors qu’un moment du dispositif n&#xe9;cessairement appel&#xe9; &#xe0; &#xea;tre aboli. Pour Carus, la repr&#xe9;sentation n’est qu’un terme transitoire, finalement n&#xe9;gatif dans la mesure o&#xf9; il introduit la disjonction art vs nature et corr&#xe9;lativement l’autonomie de l’œuvre d’art. Pour comprendre comment s’op&#xe8;re cette op&#xe9;ration on ne peut plus byzantine, il faut reprendre les termes de la d&#xe9;monstration carusienne. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Dans un premier temps, le peintre th&#xe9;oricien pose la n&#xe9;cessit&#xe9; de distinguer &#xab; la v&#xe9;rit&#xe9; &#xbb; du tableau, son &#xab; sens &#xbb; et son &#xab; objet &#xbb;. La repr&#xe9;sentation selon Carus est n&#xe9;cessaire dans la mesure o&#xf9; elle donne &#xab; le corps du tableau &#xbb;. Le peintre pr&#xe9;cise : &#xab; elle (la repr&#xe9;sentation) lui donne sa premi&#xe8;re existence et la fait sortir des lieux d’une figuration purement arbitraire pour acc&#xe9;der &#xe0; la r&#xe9;alit&#xe9; dans laquelle tout art plastique doit se mouvoir &#xbb;. Notons&amp;nbsp; au passage que d’embl&#xe9;e le peintre donne une fonction extatique &#xe0; la repr&#xe9;sentation qui fait acc&#xe9;der l’œuvre &#xe0; une r&#xe9;alit&#xe9; sup&#xe9;rieure. Ensuite, le peintre &#xe9;voque le plaisir que procure un tableau et plus sp&#xe9;cialement l’illusion de r&#xe9;alit&#xe9; que suscite une œuvre r&#xe9;ussie. On s’y croit, on se voit dans ce paysage, on le per&#xe7;oit comme r&#xe9;el, dit grosso modo Carus. On s’&#xe9;l&#xe8;ve &#xab; &#xe0; l’instar d’un Achille rendu invuln&#xe9;rable par sa plong&#xe9;e dans le Styx &#xbb;. Ici, le peintre introduit explicitement dans l’exp&#xe9;rience esth&#xe9;tique une dimension magique et religieuse. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;N&#xe9;anmoins poursuit Carus, il y a quelque chose d’insuffisant. Pour mieux saisir ce qui manque au tableau, le peintre utilise l’image du miroir. Le tableau sera toujours dit-il en-de&#xe7;&#xe0; du reflet du point de vue de la v&#xe9;rit&#xe9;, autrement dit de la capacit&#xe9; &#xe0; repr&#xe9;senter ad&#xe9;quatement le fragment de la nature. Or, contrairement au miroir qui montre un fragment de la nature, c’est pr&#xe9;cis&#xe9;ment dans la mesure o&#xf9; l’œuvre d’art constitue un monde en soi qu’il importe finalement peu que la repr&#xe9;sentation soit en-de&#xe7;&#xe0; de la v&#xe9;rit&#xe9;. L’art ne se d&#xe9;finit plus dans son aptitude &#xe0; r&#xe9;p&#xe9;ter la nature mais &#xe0; s’en distinguer. De nouveau, nous nous heurtons ici au paradoxe romantique, mais il ne s’agit que d’un paradoxe de fa&#xe7;ade puisque la th&#xe9;orie de la connaissance romantique pose que ce monde en soi, ce tout organique de l’œuvre consiste en une &#xab; observation magique &#xbb;, une exp&#xe9;rience extatique qui annule la diff&#xe9;rence entre l’exp&#xe9;rimentateur, son objet et l’exp&#xe9;rience elle-m&#xea;me. Le subterfuge de cette conception se situe pr&#xe9;cis&#xe9;ment dans ce dispositif th&#xe9;orique qui tout en postulant l’autonomie et donc la sp&#xe9;cificit&#xe9; annule ce faisant la distinction art vs nature. L’annule car effectivement l’art en tant qu’exp&#xe9;rience introduit l’intuition de la fusion avec la vie de la terre. Le mouvement auto-r&#xe9;flexif de l’exp&#xe9;rience artistique romantique a pour corr&#xe9;lats l’affirmation de l’autonomie de l’art et l’annulation de toutes les distinctions, de toutes les diff&#xe9;rences. La finalit&#xe9; de l’exp&#xe9;rience extatique est le retour &#xe0; l’identit&#xe9; de toutes choses dans la matrice originelle de la terre. L’œuvre n’a d’autre fonction que d’introduire &#xe0; son tour le spectateur dans cette vision extatique.&amp;nbsp; &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Soit, mais cette vision extatique est fermement ancr&#xe9;e dans une pratique, dans un m&#xe9;tier que Carus et les autres peintres romantiques poss&#xe9;daient &#xe0; un degr&#xe9; d’excellence. Pour mesurer les cons&#xe9;quences de cette th&#xe9;orie extatique et fusionnelle, il faut donc en revenir au trait, &#xe0; la mati&#xe8;re picturale, au tableau, &#xe0; l’image peinte. C’est l&#xe0; le paradoxe romantique : extase et mat&#xe9;rialit&#xe9; se relancent mutuellement. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Plus Carus avance dans la r&#xe9;daction de ses lettres, plus il semble que les saisons s’accordent &#xe0; ce qu’il &#xe9;crit, comme si cette r&#xe9;flexivit&#xe9; de soi &#xe0; soi de l’œuvre impr&#xe9;gnait aussi le texte s’&#xe9;crivant. La lettre IV baigne dans l’atmosph&#xe8;re d&#xe9;nud&#xe9;e de l’automne. Cette nudit&#xe9; de la nature s’accorde parfaitement avec la mise &#xe0; nu &#xe0; laquelle se livre le peintre dans ses &#xe9;crits. La lettre IV est le moment o&#xf9; Carl Gustav Carus passe des principes g&#xe9;n&#xe9;raux aux œuvres r&#xe9;elles. Tour &#xe0; tour, il va y examiner les notions de style, de caract&#xe8;re et de traitement et d&#xe9;crire leurs variations possibles. Le style selon Carus est la notion cl&#xe9; qui synth&#xe9;tise le caract&#xe8;re qui d&#xe9;signe le genre de l’id&#xe9;e exprim&#xe9;e et le traitement qui d&#xe9;signe la repr&#xe9;sentation artistique, la technique. Parmi tous les choix que les combinaisons des diff&#xe9;rents param&#xe8;tres offrent, le peintre propose de s’en tenir au moyen terme. Cependant, l’&#xe9;nonc&#xe9; de restrictions entra&#xee;ne Carus &#xe0; prendre conscience que ce faisant il limite la libert&#xe9; de l’artiste. Il contourne l’obstacle en &#xe9;voquant la po&#xe9;sie et la musique qui elles aussi ob&#xe9;issent &#xe0; des lois ce qui, dit-il, n’emp&#xea;che pas la belle diversit&#xe9; des compositions. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;C’est ici que l’&#xe9;nonciation des r&#xe8;gles et des principes du m&#xe9;tier rejoint l’imp&#xe9;ratif de d&#xe9;possession de soi de la th&#xe9;orie (&lt;em&gt;Tu n’es rien, Dieu est tout&lt;/em&gt;, autrement dit, ton moi est absorb&#xe9; par le Moi Absolu de Dieu). Le respect des r&#xe8;gles appara&#xee;t comme la condition m&#xea;me de la fusion de l’individu avec l’œuvre. L’originalit&#xe9; de l’artiste, sa main &#xe9;crit Carus, s’efface sous l’effet de sa subordination aux lois qui r&#xe9;gissent les arts plastiques. C’est par cette voie que s’affirme vraiment l’excellence de l’œuvre r&#xe9;gul&#xe9;e par l’id&#xe9;al qu’il n’y a qu’un seul style pur et qu’un traitement vraiment convenable (page 84, paragraphe 71). La diversit&#xe9; artistique est assur&#xe9;e dans la mesure o&#xf9; chaque artiste tend &#xe0; sa mani&#xe8;re vers cet id&#xe9;al. Conscient de l’uniformisation qui d&#xe9;coule de cet id&#xe9;al unique, Carus reconna&#xee;t cependant que les œuvres de pure beaut&#xe9; les plus hautes et les plus excellentes auront toujours la plus grande similitude (note : les œuvres de Carus et de Friedrich correspondent &#xe0; ce point de vue, elles sont parfois si semblables que les historiens de l’art se querellent quant aux attributions des œuvres de l’un et de l’autre). &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Or conclut le peintre romantique, cette similitude n’est pas &#xe0; craindre dans le domaine de la peinture de paysage parce que la nature se d&#xe9;ploie sous les yeux de l’artiste dans toute l’&#xe9;vidence de son infinit&#xe9;, voire d’anarchie, sans moins ob&#xe9;ir &#xe0; des lois immuables et &#xe9;ternelles. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Le trait dans cet ordonnancement occupe une place strat&#xe9;gique, il permet l’acc&#xe8;s &#xe0; la conscience du caract&#xe8;re propre de l’art. Cette sp&#xe9;cificit&#xe9; est d&#xe9;termin&#xe9;e par une conduite : l’attention la plus pr&#xe9;cise,&amp;nbsp; un geste ; la main la plus s&#xfb;re et des mat&#xe9;riaux : la point du crayon la plus ac&#xe9;r&#xe9;e et la plus intacte surface de feuille de papier.&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Cet accent mis sur le trait n’a d’autre fin que la justesse de l’&lt;em&gt;erdlebenerlebnis.&lt;/em&gt; Un trait juste c’est un trait qui permet &#xe0; l’artiste d’exp&#xe9;rimenter la vie de la terre, de s’y perdre. Le trait est donc pris dans un double jeu de relance qui d’une part conduit vers la d&#xe9;finition de l’autonomie de l’œuvre d’art et d’autre part introduit l’artiste dans l’&lt;em&gt;Erdgeist&lt;/em&gt; par le biais de l’&lt;em&gt;erdlebenerlebnis&lt;/em&gt;. C’est-&#xe0;-dire l’exp&#xe9;rimentation de l’unit&#xe9; de la vie. L’exp&#xe9;rience artistique a donc un double visage &#xe0; la fois mat&#xe9;riel et spirituel, l’un n’&#xe9;tant possible qu’&#xe0; la mesure de la perfection de l’autre, perfection relative &#xe0; l’id&#xe9;al romantique de la peinture de paysage. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;strong&gt;4. L’art comme s&#xe9;cession et comme ph&#xe9;nom&#xe8;ne h&#xe9;t&#xe9;rog&#xe8;ne.&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;C’est cette conception romantique de l’autonomie de l’œuvre d’art qui culminera dans le modernisme et qui trouvera chez les expressionnistes abstraits son aboutissement dans la c&#xe9;l&#xe8;bre formule de Jackson Pollock : &#xab; je suis la nature &#xbb;. Le vœu romantique trouve l&#xe0; son accomplissement, l’artiste a fusionn&#xe9; avec la nature, il est la nature. &lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Il serait faux de croire que l’&#xe8;re postmoderne s’est d&#xe9;barrass&#xe9;e de ce type de th&#xe9;orie qui confond syst&#xe9;matiquement la vie et l’art. C’est une tentation constante des artistes et des th&#xe9;oriciens de l’art que de chercher &#xe0; fusionner art et nature (ou art et vie, art et soci&#xe9;t&#xe9;, art et r&#xe9;el). L’art n’appartient pas en r&#xe9;alit&#xe9; &#xe0; ce degr&#xe9; de la sph&#xe8;re existentielle, mais il appartient selon Jacques Ranci&#xe8;re au domaine h&#xe9;t&#xe9;rog&#xe8;ne du &lt;em&gt;partage du sensible&lt;/em&gt;. L’art ne peut s’&#xe9;manciper de lui-m&#xea;me sous peine de dispara&#xee;tre. Plus modestement, il peut en tant que pratique &#xe9;manciper celui qui s’y adonne dans la mesure o&#xf9; l’art redistribue les param&#xe8;tres du visible, les configure selon des agencements singuliers qui tout en n’&#xe9;tant pas la vie s’y rapportent malgr&#xe9; tout. Bref, l’art se joue dans&amp;nbsp; cette distance sans laquelle aucune vision, aucune conception, ne peut &#xea;tre formul&#xe9;e&amp;nbsp; ni mat&#xe9;rialis&#xe9;e.&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Cette th&#xe8;se doit aussi nous inviter &#xe0; relire et revoir les œuvres des romantiques. Cette fois non plus en y relevant les apories de la th&#xe9;orie qui les accompagnait, mais en y cherchant les configurations, les agencements qui peuvent encore aujourd’hui relancer nos recherches pratiques et th&#xe9;oriques. De ce point de vue, Carl Gustav Carus est exemplaire, lui qui, m&#xe9;decin, aura men&#xe9; de front une œuvre scientifique, litt&#xe9;raire et artistique. Dans les faits, il aura mat&#xe9;rialis&#xe9;, en d&#xe9;pit de certains aspects de la th&#xe9;orie romantique, th&#xe9;orie qu’il ne faut pas r&#xe9;duire &#xe0; ses aspects purement sp&#xe9;culatifs, un type de relation qui l’aura &lt;em&gt;&#xe9;mancip&#xe9;&lt;/em&gt; au sens que Ranci&#xe8;re donne &#xe0; ce terme. C’est-&#xe0;-dire qu’il sera intervenu dans le sensible et y aura pris sa part. C’est &#xe0; cela que toute œuvre devrait convier. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rogues, le 04 d&#xe9;cembre 2009&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 04 Dec 2009 16:29:00 GMT</pubDate></item><item><title>&#xc9;cho de Lenin Kino </title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/04/16027799.html</link><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/04/16027799.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16027799/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/04/16027799.html</guid><description>&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Le site &amp;quot;du9.org&amp;quot; publie une critique de &lt;a href=&quot;http://www.du9.org/Lenin-Kino-Meditations-graphiques&quot;&gt;Lenin Kino&lt;/a&gt; &#xe9;clairante et tr&#xe8;s juste. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/59/43/130149/47098918.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;300&quot; height=&quot;225&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/59/43/130149/47098918_p.jpg&quot; alt=&quot;05&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 04 Dec 2009 09:04:33 GMT</pubDate></item><item><title>La th&#xe9;orie de l&apos;art romantique et l&apos;autonomie de l&apos;oeuvre d&apos;art</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/02/16004948.html</link><category>Notules</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/02/16004948.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/16004948/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/12/02/16004948.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;em&gt;L’œuvre d’art constitue un tout, un petit monde en soi.&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Carl Gustav Carus&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;On a vu que malgr&#xe9; sa conception extatique de l’art, le peintre romantique a le souci d’inscrire son geste dans la mat&#xe9;rialit&#xe9; du trait, trait qui devient comme la limitation effective, concr&#xe8;te, entre le domaine de l’art et le domaine de la nature. D’un point de vue purement philosophique, il faudrait ici montrer comment cette limitation n’est qu’une reprise sur le plan mat&#xe9;riel de la th&#xe9;orie de la connaissance romantique qui elle-m&#xea;me, &#xe0; son origine, n’est qu’une reprise de la conception ficth&#xe9;enne qui repose sur l’&#xe9;quation c&#xe9;l&#xe8;bre : moi = moi. Walter Benjamin a &#xe9;tudi&#xe9; en d&#xe9;tail cet aspect dans son livre intitul&#xe9; &#xab; Le concept de critique esth&#xe9;tique dans le romantisme allemand &#xbb; (le livre est publi&#xe9; au format poche dans la collection Champs chez Flammarion). &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Dans cet essai Benjamin montre avec beaucoup de clart&#xe9; combien la th&#xe9;orie de l’art est intrins&#xe8;quement li&#xe9;e &#xe0; la th&#xe9;orie de la connaissance chez les romantiques. Bri&#xe8;vement r&#xe9;sum&#xe9;e, cette th&#xe9;orie de la connaissance se caract&#xe9;rise par l’&#xe9;lision du rapport sujet vs objet et corr&#xe9;lativement &#xe0; une fusion de l’observateur et de la chose observ&#xe9;e ; Benjamin tr&#xe8;s justement parle &#xe0; ce propos d’une &#xab; observation magique &#xbb; (elle abolit la distance que requiert normalement toute exp&#xe9;rience). Cette connaissance se joue dans l’imm&#xe9;diatet&#xe9; de l’intuition. Il y a par cons&#xe9;quent ce paradoxe dans la th&#xe9;orie romantique d’une r&#xe9;flexivit&#xe9; se donnant dans l’imm&#xe9;diatet&#xe9; d’une intuition. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Or si l’exp&#xe9;rience esth&#xe9;tique (qui est aussi une exp&#xe9;rience de la connaissance) a pour finalit&#xe9; la fusion avec l’&lt;em&gt;Erdgeist&lt;/em&gt;, l’&#xe2;me du monde, comment pr&#xe9;server tr&#xe8;s concr&#xe8;tement la pratique artistique en tant que telle. Cette question est tout sauf d&#xe9;pass&#xe9;e, dans un autre contexte de nombreuses pratiques contemporaines se sont heurt&#xe9;es &#xe0; ce genre de question. &#xc0; un moment donn&#xe9;, en effet, cette conception fusionnelle de l’art avec le r&#xe9;el risque d’entra&#xee;ner la disparition de l’art lui-m&#xea;me (cf. &#xe0; ce sujet &#xab; Le spectateur &#xe9;mancip&#xe9; &#xbb; de Jacques Ranci&#xe8;re aux &#xe9;ditions La fabrique). La th&#xe9;orie de l’art romantique est sans doute la premi&#xe8;re th&#xe9;orie moderne qui engage ce type de d&#xe9;bat et qui de ce fait menace directement la l&#xe9;gitimit&#xe9; ou du moins le sens de la pratique artistique. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;C’est ici n&#xe9;anmoins que la nouveaut&#xe9; et la sp&#xe9;cificit&#xe9; de la peinture de paysage romantique se r&#xe9;v&#xe8;lent. Car d’un point de vue strict, ce ne sont pas les romantiques qui inventent le paysage, Ruysdael et Hobbema les ont pr&#xe9;c&#xe9;d&#xe9;s sur ce chemin. Cependant ce qui les distingue des paysagistes hollandais se situe dans leur critique de la repr&#xe9;sentation consid&#xe9;r&#xe9;e comme imitation de la nature. Pour saisir pleinement la nouveaut&#xe9; du geste romantique, il faut revenir au terme m&#xea;me que Carus invente. Carl Gustav Carus invente le terme &lt;em&gt;erdlebenerlebnis&lt;/em&gt; qui signifie exp&#xe9;rience de la vie de la terre. Le mot &#xab; exp&#xe9;rience &#xbb; montre combien la science et l’art se rassemblent dans la conception carusienne de l’art. Il s’agit donc de mettre en place un dispositif pictural qui rende compte de cette exp&#xe9;rience, et mieux encore, qui soit cette exp&#xe9;rience de fa&#xe7;on que, plus tard, le spectateur &#xe0; son tour puisse revivre l’exp&#xe9;rience extatique de fusion avec la vie de la terre.&amp;nbsp; &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;La repr&#xe9;sentation, autrement dit l’imitation de la nature, n’est plus d&#xe8;s lors qu’un moment du dispositif n&#xe9;cessairement appel&#xe9; &#xe0; &#xea;tre aboli. Pour Carus, la repr&#xe9;sentation, la mim&#xe9;sis, n’est qu’un terme n&#xe9;gatif dans la mesure o&#xf9; il introduit la disjonction art vs nature et au-del&#xe0; l’autonomie de l’œuvre d’art. Pour comprendre comment s’op&#xe8;re cette op&#xe9;ration on ne peut plus byzantine, il faut reprendre les termes de la d&#xe9;monstration carusienne. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Dans un premier temps, le peintre th&#xe9;oricien pose la n&#xe9;cessit&#xe9; de distinguer &#xab; la v&#xe9;rit&#xe9; &#xbb; du tableau, son &#xab; sens &#xbb; et son &#xab; objet &#xbb;. La repr&#xe9;sentation selon Carus est n&#xe9;cessaire dans la mesure o&#xf9; elle donne &#xab; le corps du tableau &#xbb;. Le peintre pr&#xe9;cise : &#xab; elle (la repr&#xe9;sentation) lui donne sa premi&#xe8;re existence et la fait sortir des lieux d’une figuration purement arbitraire pour acc&#xe9;der &#xe0; la r&#xe9;alit&#xe9; dans laquelle tout art plastique doit se mouvoir &#xbb;. Notons&amp;nbsp; au passage que d’embl&#xe9;e le peintre donne une fonction extatique &#xe0; la repr&#xe9;sentation qui fait acc&#xe9;der l’œuvre &#xe0; une r&#xe9;alit&#xe9; sup&#xe9;rieure. Ensuite, le peintre &#xe9;voque le plaisir que procure un tableau et plus sp&#xe9;cialement l’illusion de r&#xe9;alit&#xe9; que suscite une œuvre r&#xe9;ussie. On s’y croit, on se voit dans ce paysage, on le per&#xe7;oit comme r&#xe9;el, dit grosso modo Carus. On s’&#xe9;l&#xe8;ve &#xab; &#xe0; l’instar d’un Achille rendu invuln&#xe9;rable par sa plong&#xe9;e dans le Styx &#xbb;. Avec cette comparaison, le peintre introduit dans l’exp&#xe9;rience esth&#xe9;tique une dimension magique et religieuse. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;N&#xe9;anmoins poursuit Carus, il y a quelque chose d’insuffisant. Pour mieux saisir ce qui manque au tableau, &#xe0; la mim&#xe9;sis, le peintre utilise l’image du miroir. Le tableau sera toujours dit-il en-de&#xe7;&#xe0; du reflet du point de vue de la v&#xe9;rit&#xe9;, autrement dit de la capacit&#xe9; &#xe0; repr&#xe9;senter ad&#xe9;quatement le fragment de la nature. Or, c’est pr&#xe9;cis&#xe9;ment dans la mesure o&#xf9; contrairement au miroir qui montre un fragment l’œuvre d’art constitue un monde en soi qu’il importe finalement peu que la repr&#xe9;sentation soit en-de&#xe7;&#xe0; de la v&#xe9;rit&#xe9;. Car l’art ne se d&#xe9;finit plus dans son aptitude &#xe0; r&#xe9;p&#xe9;ter la nature mais &#xe0; s’en distinguer. De nouveau, nous nous heurtons ici au paradoxe romantique, mais il ne s’agit que d’un paradoxe de fa&#xe7;ade puisque la th&#xe9;orie de la connaissance romantique pose que ce monde en soi, ce tout organique de l’œuvre consiste en une &#xab; observation magique &#xbb;, une exp&#xe9;rience extatique qui annule la diff&#xe9;rence entre l’exp&#xe9;rimentateur, son objet et l’exp&#xe9;rience elle-m&#xea;me. La finesse de cette conception se situe pr&#xe9;cis&#xe9;ment dans ce dispositif th&#xe9;orique qui tout en postulant l’autonomie et donc la sp&#xe9;cificit&#xe9; annule ce faisant la distinction art vs nature. L’annule car effectivement l’art en tant qu’exp&#xe9;rience introduit l’intuition de la fusion avec la vie de la terre. Le mouvement auto-r&#xe9;flexif de l’exp&#xe9;rience artistique romantique a donc pour corr&#xe9;lats d’une part l’affirmation de l’autonomie de l’art et d’autre part l’annulation de toutes les distinctions, de toutes les diff&#xe9;rences. La finalit&#xe9; de l’exp&#xe9;rience extatique est le retour &#xe0; l’identit&#xe9; de toutes choses dans la matrice originelle de la terre.&amp;nbsp; &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;C’est cette conception romantique de l’autonomie de l’œuvre d’art qui culminera dans le modernisme et qui trouvera chez les expressionnistes abstraits son aboutissement certes g&#xe9;nial mais &#xe0; quel prix !&amp;nbsp; Il serait faux de croire que l’&#xe8;re postmoderne, que j’ai aussi appel&#xe9;e dans un texte ant&#xe9;rieur &#xab; autrement que moderne &#xbb;, s’est d&#xe9;barrass&#xe9;e de ce type de th&#xe9;orie qui confond syst&#xe9;matiquement la vie et l’art. C’est une tentation constante des artistes et des th&#xe9;oriciens de l’art que d’introduire la vie dans le domaine de l’art. Non pas que l’art soit du domaine de la mort (quoi que cette proposition m&#xe9;rite r&#xe9;flexion), il n’appartient pas en r&#xe9;alit&#xe9; &#xe0; ce degr&#xe9; de la sph&#xe8;re existentielle, mais l’art appartiendrait au domaine h&#xe9;t&#xe9;rog&#xe8;ne du &lt;em&gt;partage du sensible&lt;/em&gt; pour reprendre la belle expression de Ranci&#xe8;re. L’art ne peut s’&#xe9;manciper de lui-m&#xea;me sous peine de dispara&#xee;tre, mais plus modestement, il peut en tant que pratique &#xe9;manciper celui qui s’y adonne dans la mesure o&#xf9; l’art redistribue les param&#xe8;tres du visible, les configure selon des agencements singuliers qui tout en n’&#xe9;tant pas la vie s’y rapportent malgr&#xe9; tout. Bref, l’art se joue dans&amp;nbsp; cette distance sans laquelle aucune vision, aucune conception, ne peut &#xea;tre &lt;em&gt;formul&#xe9;e&lt;/em&gt;.&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 02 Dec 2009 10:12:00 GMT</pubDate></item><item><title>Figure en bord de rivi&#xe8;re I</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/30/15983534.html</link><category>gravures</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/30/15983534.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/15983534/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/30/15983534.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/90/85/130149/46962897.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;373&quot; height=&quot;450&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/90/85/130149/46962897_p.jpg&quot; alt=&quot;aigle_tetedefemme&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Mon, 30 Nov 2009 16:08:25 GMT</pubDate></item><item><title>La th&#xe9;orie romantique de l&apos;art et ses limitations</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/27/15949509.html</link><category>Notules</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/27/15949509.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/15949509/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/27/15949509.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/87/06/130149/46849592.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;300&quot; height=&quot;225&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;paysage_carus&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/87/06/130149/46849592_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;br /&gt;Le romantisme aura &#xe9;t&#xe9; une r&#xe9;action au si&#xe8;cle des Lumi&#xe8;res, un grand retour &#xe0; un Moyen-&#xc2;ge fantasm&#xe9;, un essai pour retrouver un lien entre le rationnel et l’irrationnel. Comme tout mouvement moderne, le romantisme aura &#xe9;t&#xe9; tiraill&#xe9; par des tensions internes vives et contradictoires. Dans la note pr&#xe9;c&#xe9;dente, &#xe0; propos du peintre Carl Gustav Carus, j’ai point&#xe9; les contradictions de l’esth&#xe9;tique romantique qui d’un c&#xf4;t&#xe9; proclame la fusion de l’art avec la nature et de l’autre affirme via la notion de &lt;em&gt;trait&lt;/em&gt; la sp&#xe9;cificit&#xe9; de l’art, son autonomie en somme vis-&#xe0;-vis de la nature. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette dissonance th&#xe9;orique se fait entendre aussi dans les &lt;em&gt;Neufs lettres sur la peinture de paysage&lt;/em&gt; de Carl Gustav Carus. D’embl&#xe9;e dans la premi&#xe8;re lettre se r&#xe9;v&#xe8;le le c&#xf4;t&#xe9; de &#xab; ce-qui-ne-va-pas-de-soi &#xbb; de la th&#xe9;orie : &#xab; Je ne voudrais pas qu’&#xe0; l’instar de plus d’un novateur, tu te conformes &#xe0; l’opinion selon laquelle une discussion ou une recherche &#xe9;crite sur l’art et sur la beaut&#xe9; pourrait &#xea;tre tenue pour un sacril&#xe8;ge, voire une profanation ; selon laquelle le sentiment et la sensation seraient seuls ici de mise et pourraient seuls trancher. &#xbb; &lt;em&gt;Sacril&#xe8;ge&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;profanation&lt;/em&gt; sont des termes forts qui expliquent n&#xe9;anmoins parfaitement les cons&#xe9;quences de la th&#xe9;orie qui souvent consiste en une mise &#xe0; nu des m&#xe9;canismes de l’œuvre d’art et des ressorts qui la soutiennent. La th&#xe9;orie poss&#xe8;de un moment critique qui pourrait menacer l’int&#xe9;grit&#xe9; de l’œuvre, son myst&#xe8;re. Ce n’est donc pas sans pr&#xe9;caution que Carus c&#xe8;de &#xab; au plaisir int&#xe9;rieur &#xbb; de laisser ces pens&#xe9;es &#xab; vagabonder dans les plaines de la beaut&#xe9; &#xbb;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si le peintre romantique qu’est Carus s’obstine &#xe0; mettre &#xe0; nu le discours qui fonde sa pratique, c’est essentiellement du fait de sa conception totalisante de l’homme : &#xab; un &#xe9;tat d’&#xe2;me vraiment po&#xe9;tique est bien une exaltation de l’homme &lt;em&gt;tout entier&lt;/em&gt; &#xbb;. Pour &#xe9;chapper &#xe0; l’&#xe9;cueil de la th&#xe9;orie con&#xe7;ue comme paraphrase de l’œuvre, Carus parle du &lt;em&gt;redoublement&lt;/em&gt; de l’œuvre, le peintre suppose une conjonction de la sensation et de ce qu’il appelle &#xab; la vision d’une volont&#xe9; pure &#xbb; (c’est-&#xe0;-dire la th&#xe9;orie comme conscience r&#xe9;flexive). De ce point de vue, la th&#xe9;orie prolonge la pratique, la pens&#xe9;e la sensation. Plus tard, Malevitch fera de la volont&#xe9; pure une forme d’art &#xe0; part enti&#xe8;re puisqu’il consid&#xe9;rera ses &#xe9;crits th&#xe9;oriques comme l’&#xe9;quivalent de gestes plastiques ; l’art conceptuel fondera lui aussi sa l&#xe9;gitimit&#xe9; sur ce type de raisonnement. Chez Carus, le discours ne l’emporte pas n&#xe9;anmoins sur l’œuvre, la pens&#xe9;e sur la sensation. Le peintre cherche une configuration qui lui permette de sentir et en m&#xea;me temps de penser sa sensation. L’art selon Carus ne peut se r&#xe9;sumer &#xe0; l’imm&#xe9;diatet&#xe9; de la sensation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour mieux comprendre cette conjonction de la pens&#xe9;e et de la sensation, il faut avancer dans notre lecture de la premi&#xe8;re lettre. Carus illustre son propos en &#xe9;voquant les courses en montagnes: &#xab; Le plaisir de contempler &#xe0; partir d’un sommet montagneux l’entrelacement des vall&#xe9;es que nous venons de parcourir n’est pas att&#xe9;nu&#xe9;, mais nous sentons bien plut&#xf4;t intensifi&#xe9;e l’impression d’ensemble, parce que s’y r&#xe9;p&#xe8;te et y revient en quelque sorte la jouissance que nous avons &#xe9;prouv&#xe9;e en certains endroits &#xbb;. Autrement dit, il appartient &#xe0; la pens&#xe9;e, &#xe0; la th&#xe9;orie, de rejouer la sensation afin d’amplifier la jouissance esth&#xe9;tique. La th&#xe9;orie offre une vue d’ensemble et revient sur les endroits les plus significatifs du point de vue esth&#xe9;tique. Ici Carus nous donne un condens&#xe9; de sa m&#xe9;thode r&#xe9;flexive successivement synth&#xe9;tique et analytique. Notons que la conception du beau malgr&#xe9; la conscience du distinguo art vs nature est enti&#xe8;rement d&#xe9;termin&#xe9;e par la beaut&#xe9; de la nature. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La th&#xe9;orie est limit&#xe9;e cependant dans son champ d’investigation, elle peut permettre de mieux jouir de l’œuvre d’art, mais elle ne donne pas acc&#xe8;s au &#xab; myst&#xe8;re de l’art &#xbb; : &#xab; Toute v&#xe9;ritable &#xe9;tude de la nature ne peut que conduire l’homme jusqu’au seuil de myst&#xe8;res sup&#xe9;rieurs &#xbb;. Ce que plus loin dans la seconde lettre le peintre th&#xe9;oricien traduira en affirmant que l’art est &#xab; un m&#xe9;diateur de la religion &#xbb;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La finalit&#xe9; de l’art romantique est fondamentalement extatique : &#xab; Quels sentiments s’emparent de toi lorsque gravissant le sommet des montagnes, tu contemples de l&#xe0;-haut la longue suite des collines, le cours des fleuves et le spectacle glorieux qui s’ouvre devant toi ? — tu te recueilles dans le silence, tu te perds toi-m&#xea;me dans l’infinit&#xe9; de l’espace, tu sens le calme limpide et la puret&#xe9; envahir ton &#xea;tre, tu oublies ton moi. &lt;em&gt;Tu n’es rien, Dieu est tout&lt;/em&gt;. &#xbb; Cette progression est quasiment un &#xe9;quivalent, une sorte de m&#xe9;tonymie, du cheminement qui a men&#xe9; le peintre au sommet de la montagne. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En ce point devient manifeste la fonction de la repr&#xe9;sentation du paysage dans le tableau. La focalisation du tableau romantique place le spectateur dans la situation du peintre qui a v&#xe9;cu cette exp&#xe9;rience extatique. Le spectateur est invit&#xe9; &#xe0; se perdre &#xe0; son tour dans l’infinit&#xe9; sugg&#xe9;r&#xe9;e par l’œuvre d’art. C’est en ce sens tr&#xe8;s pr&#xe9;cis et tr&#xe8;s clair que l’art est un m&#xe9;diateur de la religion. Le spectateur refait symboliquement le chemin spirituel de l’artiste. Chemin qui pour Carus aura toujours &#xe9;t&#xe9; un chemin d’abord parcouru r&#xe9;ellement. Pour le peintre, le geste m&#xea;me de peindre, de repr&#xe9;senter ce chemin parcouru, appartient &#xe0; la sph&#xe8;re spirituelle d’un cheminement mystique. Peindre pour les romantiques, c’est aller vers cette image qui sugg&#xe8;re le myst&#xe8;re de la nature, le tout divin du monde. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est remarquable de constater que le motif (et &lt;em&gt;topos&lt;/em&gt;) qui met en sc&#xe8;ne la position r&#xe9;flexive et la position&amp;nbsp; m&#xe9;ditative (ou extatique) est identique dans les deux cas : c’est du sommet des montagnes, lieu lui-m&#xea;me hautement symbolique, que les deux types d&apos;exp&#xe9;riences acc&#xe8;dent &#xe0; leur pleine conscience. Cette situation illustre la grande tension qui existe dans l’esth&#xe9;tique romantique qui d’une part se veut r&#xe9;flexive et d’autre part extatique. L’esth&#xe9;tique c&#xf4;toie donc une mystique. Un discours rationnel de la sensation par d&#xe9;finition communicable et transmissible soutient paradoxalement que la finalit&#xe9; de l’art est extatique et donc ne peut &#xea;tre &#xe9;lucid&#xe9; ni communiqu&#xe9; sinon sous forme d’un discours prescriptif &#xe0; caract&#xe8;re initiatique dont la dissolution de l’individu dans la grandeur divine est l’ultime &#xe9;tape. &lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 27 Nov 2009 15:47:00 GMT</pubDate></item><item><title>Sur le vif, crayonn&#xe9;</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/26/15937980.html</link><category>peinture</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/26/15937980.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/15937980/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/26/15937980.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&#xc0; vrai dire, dans cette inqui&#xe9;tante&lt;br /&gt;et belle sym&#xe9;trie de la construction de &lt;br /&gt;mon r&#xea;ve,...&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;St&#xe9;phane Mallarm&#xe9;, &lt;em&gt;Igitur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/42/34/130149/46814904.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;450&quot; height=&quot;338&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/42/34/130149/46814904_p.jpg&quot; alt=&quot;114_9237&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Thu, 26 Nov 2009 15:35:52 GMT</pubDate></item><item><title>Notes pr&#xe9;paratoires pour une r&#xe9;sidence d&apos;artiste &#xe0; Rogues</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/25/15921964.html</link><category>Notules</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/25/15921964.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/15921964/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/25/15921964.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;em&gt;Apr&#xe8;s que la puissance de toutes &lt;br /&gt;ces premi&#xe8;res impressions &lt;br /&gt;se fut un peu mod&#xe9;r&#xe9;e, &lt;br /&gt;le ph&#xe9;nom&#xe8;ne g&#xe9;ologique de cette surprenante &lt;br /&gt;formation crayeuse commen&#xe7;a par ailleurs &lt;br /&gt;&#xe0; faire valoir ses droits &#xe0; mon attention.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Carl Gustav Carus, &lt;em&gt;Voyage &#xe0; l’&#xee;le de R&#xfc;gen&lt;/em&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Lorsque Carl Gustav Carus, le peintre romantique ami de Caspar David Friedrich, fut confront&#xe9; au paysage sublime et sauvage de l’&#xee;le de R&#xfc;gen, son &#xe9;blouissement fut tel qu’il dut attendre une ann&#xe9;e enti&#xe8;re avant de peindre ce qu’il avait vu. Le paysage par l’exc&#xe8;s de sa pr&#xe9;sence s’&#xe9;tait d&#xe9;rob&#xe9; au regard de l’artiste qui n’avait pu le fixer pr&#xe9;f&#xe9;rant abandonner son carton dans l’instant o&#xf9; cependant la beaut&#xe9; de la nature se d&#xe9;voilait &#xe0; lui. Cette anecdote contient au moins deux faits &#xe0; propos desquels il convient de r&#xe9;fl&#xe9;chir. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;D’une part, il ne para&#xee;t pas &#xe9;vident pour le peintre de concevoir graphiquement le paysage qui lui fait face, d’autre part, un moment de latence, une distance, semble n&#xe9;cessaire pour enfin fixer la vision qui dans un premier temps l’a submerg&#xe9;. Pr&#xe9;cisons. Le peintre prend la mesure de la discordance entre ce qu’il voit, les falaises et le ressac du littoral de l’&#xee;le, et le carton sur lequel il s’appr&#xea;te &#xe0; transcrire cette vue. Mieux encore, soudainement lui appara&#xee;t le caract&#xe8;re insens&#xe9; de son geste, la d&#xe9;rision de son art qui face &#xe0; la puissance du paysage perd toute signification. Carus, brusquement conscient de la diff&#xe9;rence fondamentale entre la nature et l’art, de l’impossibilit&#xe9; imm&#xe9;diate pour l’un de dire l’autre, pr&#xe9;f&#xe8;re jeter au loin le carton &#xe0; dessin et se laisse aller &#xe0; la pure contemplation. Ce qui ne signifie pas que le peintre abandonne toute id&#xe9;e de rendre compte de cette exp&#xe9;rience puisque, en effet, un an plus tard, nous dit-il, il peindra un tableau qui repr&#xe9;sente ce qu’il a vu en ces instants. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Or, il est important de souligner que lors de ce voyage &#xe0; l’&#xee;le de R&#xfc;gen, le peintre aura tr&#xe8;s souvent dessin&#xe9; sur le vif. Ce que l’artiste aura v&#xe9;cu face &#xe0; la puissance du ressac semble bien &#xea;tre une exp&#xe9;rience singuli&#xe8;re, un &#xe9;v&#xe9;nement qui ne correspond pas &#xe0; sa conduite artistique habituelle. Peut-&#xea;tre pourra-t-on mieux &#xe9;valuer la signification de cet &#xe9;v&#xe9;nement singulier si l’on se reporte au commentaire que Carus r&#xe9;dige apr&#xe8;s coup dans son journal :&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&#xab;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;…deux ressorts importants durent &#xe0; ces seules fantasmagories de R&#xfc;gen de pouvoir s’&#xe9;laborer : &#xe0; savoir, pour l’un, le profond sentiment de la singularit&#xe9; de l’&#xe9;l&#xe9;ment romantique nord-allemand et, pour l’autre, une plus parfaite appr&#xe9;hension de ce qu’en dessin on appelle&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;le&lt;em&gt; trait. &lt;/em&gt;&#xbb;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Voil&#xe0; donc ce qui dans l’impossibilit&#xe9; de croquer sur le vif le ressac se sera inscrit comme en creux, la conscience de la singularit&#xe9; d’un site et une meilleure &#xab; appr&#xe9;hension &#xbb; du &#xab; trait &#xbb;. Cette singularit&#xe9; est nomm&#xe9;e et d&#xe9;sign&#xe9;e par Carus de mani&#xe8;re tr&#xe8;s explicite et paradoxale car &#xe0; travers l’expression &#xab; &#xe9;l&#xe9;ment romantique nord-allemand &#xbb;, c’est &#xe0; une transmutation que se livre le peintre. Transmutation de l’&#xe9;l&#xe9;ment naturel en &#xe9;l&#xe9;ment esth&#xe9;tique, la nature par le biais de cette expression communique avec l’esprit romantique. Ce qui signifie non pas comme on pourrait le traduire un peu trop vite une esth&#xe9;tisation du paysage. Au contraire, cela signifie que l’exp&#xe9;rience esth&#xe9;tique prend toute sa mesure en ce qu’elle communie avec la terre, avec un lieu d&#xe9;termin&#xe9; marqu&#xe9; par le temps, par le climat, par une mani&#xe8;re d’&#xea;tre habit&#xe9;. Une terre intimement li&#xe9;e &#xe0; une langue et &#xe0; un peuple, une &lt;em&gt;race&lt;/em&gt; (il faut ici se souvenir, mieux vaut lever tout &#xe9;quivoque, que le mot &#xab; race &#xbb; &#xe0; l’&#xe9;poque romantique n’avait pas le sens n&#xe9;gatif et biologique qu’il a acquis malheureusement au XX&#xe8; si&#xe8;cle suite aux divers &#xe9;v&#xe9;nements que l&apos;on sait). L’esprit des lieux, le &lt;em&gt;genius loci&lt;/em&gt;, c’est donc aussi le g&#xe9;nie du pays &amp;quot;nord-allemand&amp;quot;. Kenneth White souligne avec intelligence dans son introduction au texte de Carus qu’il est ridicule de transformer la conception &#xab; singulariste &#xbb; du romantisme allemand en une sorte d’anticipation du nationalisme &#xe9;triqu&#xe9; et criminel du national-socialisme. &#xc0; notre &#xe9;poque qui tend &#xe0; uniformiser les lieux, cette conception ne pourra para&#xee;tre qu’excentrique. N&#xe9;anmoins, la conception artistique de Carl Gustav Carus con&#xe7;oit un lieu non pas de fa&#xe7;on indiff&#xe9;renci&#xe9;e, mais &#xab; singulariste &#xbb;. Autrement dit, il voit entre un site naturel et les caract&#xe9;ristiques d’un peuple, un lien &#xe9;troit, l’un ne va pas sans l’autre. Il y a une continuit&#xe9; entre la terre et le caract&#xe8;re de ses habitants. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Pourtant, cette conception d’un &lt;em&gt;continuum&lt;/em&gt; nature vs culture nationale ne para&#xee;t pas &#xea;tre sans faille. Et c’est sans doute le deuxi&#xe8;me aspect qui s’inscrit n&#xe9;gativement dans l’exp&#xe9;rience face au ressac qui est explicit&#xe9; par Carus dans les lignes qui suivent :&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&#xab; Il faut savoir qu’une bonne part de l’art, et non la moins importante, r&#xe9;side dans cette seule notion de trait, et cela d&#xe9;j&#xe0; pour cette simple raison : on est en droit de dire que le trait, dans sa stricte acceptation, n’existe pas dans la nature, devenant du m&#xea;me coup et d’autant plus l’affaire de l’art. &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Si dans un premier temps, le peintre romantique pose une ad&#xe9;quation entre la nature et la culture, dans la mesure o&#xf9; m&#xea;me le paysage exprime le caract&#xe8;re national, il appara&#xee;t clairement que sa conception de la chose artistique passe par un moment de distinction de ces deux &#xe9;l&#xe9;ments. L’art ne saurait se confondre avec la nature car son outil principal, le trait, n’existe pas dans la nature. Tr&#xe8;s logiquement, le peintre en inf&#xe8;re que l’art poss&#xe8;de une sp&#xe9;cificit&#xe9; quand il &#xe9;crit, je paraphrase, que le trait est un caract&#xe8;re propre de l’art. Cette conception introduit donc une faille dans les rapports de la nature avec l’art. Lorsque Carus face au ressac jette au loin son carton, c’est de cette faille qu’il prend concr&#xe8;tement conscience. Alors que, dans le texte, lorsqu’il d&#xe9;crit les sc&#xe8;nes de dessin sur le vif tout se passe comme si le trait accompagnait, reprenait, continuait une ligne r&#xe9;elle, naturelle, soudainement, au moment de sa &#xab; r&#xe9;v&#xe9;lation &#xbb;, l’artiste prend la mesure de l’&#xe9;cart qui existe entre le naturel du ressac et l’artificiel du trait.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Finalement, et pour conclure temporairement, il est pertinent de noter qu’au moins deux &#xe9;l&#xe9;ments dans la conception esth&#xe9;tique de Carl Gustav Carus contredisent le vœu romantique d’une fusion de l’art avec la nature. D’une part, le temps qui lui aura &#xe9;t&#xe9; n&#xe9;cessaire pour trouver le moyen de transcrire le chaos du ressac et d’autre part le trait qui exprime le propre de l’art et la distance qui s&#xe9;pare l’art de la nature. Ni dans le temps, ni dans l’espace, l’art ne peut fusionner avec la nature. Il n’existe pas de &lt;em&gt;continuum&lt;/em&gt; de l’un &#xe0; l’autre. Cette conception n’emp&#xea;che pas le peintre de peindre un paysage. Conclure de l’&#xe9;cart de l’art avec la nature &#xe0; une impossibilit&#xe9; de repr&#xe9;sentation, une impossibilit&#xe9; de th&#xe9;matiser la nature par l’art, est vain et inutile dans la mesure o&#xf9; pr&#xe9;cis&#xe9;ment l’art est la conscience m&#xea;me de la distance qui nous s&#xe9;pare de la nature. Paradoxalement, c’est au contact de la nature que cette conscience se fait. Peindre, dessiner, cr&#xe9;er, c’est aller &#xe0; la rencontre de la conscience de cette diff&#xe9;rence fondamentale, de cette &lt;em&gt;abstraction&lt;/em&gt;.&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 25 Nov 2009 10:13:00 GMT</pubDate></item><item><title>Last blues, to be read some day</title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/19/15853662.html</link><category>Notules</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/19/15853662.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/15853662/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/19/15853662.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Il y aura d&apos;autres jours,&lt;br /&gt;d&apos;autres voix, d&apos;autres &#xe9;veils.&lt;br /&gt;Cesare Pavese&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Puisque traverser le d&#xe9;sert il le faut, autant s’y perdre en vaines gloses. Le banquier attendra ou pas. Les huissiers se pr&#xe9;senteront ou non. Mais revenons &#xe0; l’essentiel. Jacques Ranci&#xe8;re nous permet de mieux comprendre l’&#xe9;volution de la po&#xe9;sie de Cesare Pavese. Pour les lecteurs qui prennent la chose in media res, rappelons que Pavese a publi&#xe9; comme po&#xe8;te deux recueils, &#xab; Travailler fatigue &#xbb; et &#xab; La mort viendra et elle aura tes yeux &#xbb;. Du premier au second, s’op&#xe8;re un changement remarquable de r&#xe9;gime esth&#xe9;tique qui se traduit tr&#xe8;s concr&#xe8;tement par un raccourcissement du po&#xe8;me et du vers. Po&#xe8;mes plus courts, vers plus courts (notons qu’il en va de m&#xea;me chez Caizergues auquel il faudra revenir, on ne peut pas tenter de comprendre le devenir de l’image sans passer par ce po&#xe8;te), et passage du po&#xe8;me au statut de symbole. Or il est int&#xe9;ressant d’&#xe9;clairer ce passage, ce changement de r&#xe9;gime esth&#xe9;tique, en lisant le tr&#xe8;s fin livre de Ranci&#xe8;re intitul&#xe9; &#xab; Le destin des images &#xbb; (&#xe9;ditions La Fabrique). Dans ce livre Ranci&#xe8;re met en regard de fa&#xe7;on tr&#xe8;s audacieuse la po&#xe9;sie de Mallarm&#xe9; et le design industriel de Behrens. Il est surprenant de lire un tel parall&#xe8;le entre le symbolisme &#xe9;vanescent de Mallarm&#xe9; et le modernisme-fonctionnalisme de Behrens. Sauf si l’on accepte de prendre en compte ce qui se passe effectivement. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Comme l’&#xe9;crit tr&#xe8;s justement le philosophe : &#xab; Il y a un noyau conceptuel commun qui autorise tous les d&#xe9;placements entre l’arabesque symboliste et la symbolisation publicitaire fonctionnelle. Po&#xe8;tes ou peintres, symbolistes et designers industriels font semblablement du symbole l’&#xe9;l&#xe9;ment abstrait commun &#xe0; la chose, &#xe0; la forme et &#xe0; son id&#xe9;e &#xbb;. Enfin, Ranci&#xe8;re a cette formule tr&#xe8;s efficace pour d&#xe9;finir le symbole : c’est &#xab; d’abord un signe abr&#xe9;viateur &#xbb;. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;En ce point, il convient de se souvenir que la po&#xe9;tique de Pavese est soutenue par le d&#xe9;sir d’en finir avec la rh&#xe9;torique. Il s’agit d’acc&#xe9;der &#xe0; un nouveau type d’image po&#xe9;tique et la symbolisation du po&#xe8;me en est le chemin d’acc&#xe8;s. La seconde mouture de la po&#xe9;sie pav&#xe8;sienne est d’inspiration nettement mallarm&#xe9;enne. Il suffit de lire son texte d’intention &#xe9;crit en 1940 : &#xab; Dans ces po&#xe9;sies, les faits se produiront —&amp;nbsp; s’ils se produisent — non pas parce que la r&#xe9;alit&#xe9; l’impose mais parce que l’intelligence en a d&#xe9;cid&#xe9; ainsi &#xbb;. Comment ne pas entendre dans ces mots un &#xe9;cho de l’incipit fameux d’Igitur : &#xab; Ce Conte s’adresse &#xe0; l’Intelligence du lecteur qui met les choses en sc&#xe8;ne, elle-m&#xea;me &#xbb;. Le po&#xe8;me qui ferme le recueil posthume de Pavese para&#xee;t lui aussi &#xea;tre un &#xe9;cho de l’incipit mallarm&#xe9;en. Il s’intitule tr&#xe8;s explicitement Last blues, to be read some day.&amp;nbsp; Le titre est une adresse &#xe0; un lecteur futur et met l’accent sur la lecture. Voici le po&#xe8;me : &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Ce n’&#xe9;tait qu’un jeu&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Tu le savais bien — &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Quelqu’un fut bless&#xe9;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Il y a tr&#xe8;s longtemps.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Mais rien n’a chang&#xe9;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Le temps est pass&#xe9; —&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Un jour tu es venues&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Un jour tu mourras.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Et quelqu’un est mort &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Il y a tr&#xe8;s longtemps —&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Quelqu’un qui voulait&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Mais ne savait pas. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Ce que ces vers ont d’&#xe9;nigmatique, la r&#xe9;f&#xe9;rence &#xe0; un jeu, &#xe0; une blessure lointaine, &#xe0; la mort de quelqu’un qui &#xab; ne savait pas &#xbb;, ne peut s’&#xe9;clairer que si l’on accepte de revenir au titre et au personnage qu’il induit. Car l’absent ou l’absente du po&#xe8;me a sans doute un rapport avec le lecteur ou la lectrice (la po&#xe9;sie de Pavese s’adresse souvent &#xe0; une femme en particulier). Si l’on persiste dans cette voie qui consiste &#xe0; lire Pavese sous l’&#xe9;clairage&amp;nbsp; de Mallarm&#xe9;, l’&#xe9;vocation du pass&#xe9; lointain prend un sens plus limpide (le po&#xe8;me de Pavese est dat&#xe9; de 1950). Le pass&#xe9; lointain, ne serait-ce pas l’&#xe9;poque de Mallarm&#xe9; quand le po&#xe8;te d&#xe9;couvre qu’il importe autant de savoir que de vouloir ? Autrement dit que la po&#xe9;sie d&#xe9;pend moins d’une d&#xe9;cision que d’une pr&#xe9;cision. Ou encore, que la volont&#xe9; n’est rien sans la connaissance, c’est-&#xe0;-dire sans la lucidit&#xe9; de ce qui se joue sur la surface de la page. Cette absence de conscience, cette absence de r&#xe9;flexivit&#xe9; est mortif&#xe8;re, elle tue litt&#xe9;ralement celui qui ne sait pas. C’est donc une mise en garde au lecteur futur qui confondrait la vie, la volont&#xe9; serait une m&#xe9;tonymie, avec la page. Il y a une dialectique entre un &#xab; tu &#xbb; qui savait et un il qui ne &#xab; savait pas &#xbb;, entre un pass&#xe9; tr&#xe8;s &#xe9;loign&#xe9; et un futur impr&#xe9;visible. Le po&#xe8;me appelle &#xe0; prendre acte de cette dialectique tragique et pourtant l&#xe9;g&#xe8;re, ce n’est qu’un jeu. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Mais on peut tout au contraire choisir d’interpr&#xe9;ter dans un sens radicalement autre en s’aidant des r&#xe9;flexions de Ranci&#xe8;re. Est-ce que le po&#xe8;me de Pavese ne prend pas acte de la mort du modernisme ? Modernisme qui aura feint de croire &#xe0; l’autonomie du po&#xe8;me et plus exactement du symbole. Modernisme qui aura feint de croire que le langage po&#xe9;tique pouvait se passer de la rh&#xe9;torique, qu’il existait quelque que chose comme un au-del&#xe0; de l’image artificielle de la rh&#xe9;torique, quelque chose de vivant et d’autonome qui se serait d&#xe9;ploy&#xe9; sur la surface de la page (ou de la toile), quelque chose d’anim&#xe9; de soi-m&#xea;me. Est-ce que ce n’est pas le &#xab; blues &#xbb; de ce modernisme po&#xe9;tique que met en sc&#xe8;ne le po&#xe8;me de Pavese qui voulait &#xea;tre autonome mais ne savait pas qu’il ne l’&#xe9;tait pas ? De ce point de vue, le po&#xe8;me de Pavese serait une r&#xe9;ponse &#xe0; Igitur qui pr&#xe9;tend &#xe9;chapper &#xe0; la famille, qui se con&#xe7;oit comme un absolu, comme un acte qui s’auto-proclame. En tous les cas, le po&#xe8;me rejoue la m&#xea;me figure que l’incipit d’Igitur, c’est l’adresse au lecteur futur. Quel que soit l’&#xe9;chec ou la r&#xe9;ussite de la po&#xe9;sie de Pavese, et de la po&#xe9;sie moderniste en g&#xe9;n&#xe9;ral, il revient au lecteur, &#xe0; un lecteur, &#xe0; une lectrice, d’en prendre acte, de mesurer les raisons de ce qui n’&#xe9;tait qu’un jeu. Oui, Pavese aura inscrit sa po&#xe9;sie dans la logique symbolique et abstractive du modernisme, mais il ne l’aura pas fait sans cette conscience que cette po&#xe9;tique n’aura &#xe9;t&#xe9; qu’un passage, un moment de l’histoire de la po&#xe9;sie &#xab; un jour tu es venue/ un jour tu mourras &#xbb;. Avec Pavese, le modernisme po&#xe9;tique s’ach&#xe8;ve de fa&#xe7;on cr&#xe9;pusculaire certes, mais non sans prospective et perspective. Car il s’ach&#xe8;ve avec la suggestion d’une reprise : &#xab; to be read some day &#xbb;. &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Thu, 19 Nov 2009 08:53:00 GMT</pubDate></item><item><title>Adams ressucit&#xe9; </title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/18/15844116.html</link><category>gravures</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/18/15844116.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/15844116/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/18/15844116.html</guid><description>&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;Ceci est une auto-publicit&#xe9; : Adams est ressuscit&#xe9;, &lt;a href=&quot;http://antiste.wordpress.com/&quot;&gt;la preuve&lt;/a&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/45/78/130149/46512629.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;113&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/45/78/130149/46512629_p.jpg&quot; alt=&quot;Pli__pli__02&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 18 Nov 2009 13:00:00 GMT</pubDate></item><item><title>les moules d&apos;Anvers </title><dc:creator>lettre_du_jeudi</dc:creator><link>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/18/15842001.html</link><category>gravures</category><comments>http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/18/15842001.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://lalettredujeudi.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/15842001/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://lalettredujeudi.canalblog.com/archives/2009/11/18/15842001.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;em&gt;pour Steve Michiels,&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/68/95/130149/46506047.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;450&quot; height=&quot;347&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/68/95/130149/46506047_p.jpg&quot; alt=&quot;anvers_01&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/10/27/130149/46506130.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;359&quot; height=&quot;450&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/10/27/130149/46506130_p.jpg&quot; alt=&quot;anvers_02&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/13/66/130149/46506214.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;357&quot; height=&quot;450&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/13/66/130149/46506214_p.jpg&quot; alt=&quot;anvers_06&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;georgia, times new roman, times, serif&quot;&gt;&lt;strong&gt;Po&#xe8;me grotesque faussement &#xe9;rotique&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&#xc0; Anvers, &#xab;gr&#xe8;ve&#xbb; se dit &#xab;staking&#xbb;&lt;br /&gt;et &#xab;peintre&#xbb;, &#xab;schielder&#xbb;&lt;br /&gt;Sombre, brune, l’Escaut s’&#xe9;coule&lt;br /&gt; c’est un fleuve, on l’appelle Schelde&lt;br /&gt; Un jour, le romain Silvius Brabo a tranch&#xe9; la main du g&#xe9;ant Antigoon&lt;br /&gt; l’a jet&#xe9;e (la main) loin dans la mer&lt;br /&gt;ainsi naquit la ville&lt;br /&gt;c’est une l&#xe9;gende&lt;br /&gt; mais la v&#xe9;rit&#xe9; est...&lt;br /&gt;la v&#xe9;rit&#xe9; est que les moules sont excellentes&lt;br /&gt;Au port les filles portent des jeans moulant&lt;br /&gt; Si si&lt;br /&gt;&amp;quot;Mosselen&amp;quot; signifie moules&lt;br /&gt; M&#xea;me Rubens&amp;nbsp; a peint des tableaux inachev&#xe9;s&lt;br /&gt; &#xe7;a ne colle pas tout &#xe0; fait&lt;br /&gt;et vergue ni verge ne sont l’envers d’Anvers&lt;br /&gt;le quartier juif est parfois orthodoxe&lt;br /&gt; mais pas orthodoxe le roi Neptune qui veille sur la l&#xe9;gende&lt;br /&gt; Attention, il ne faut pas, jamais, dire &#xab;p&#xe9;niche&#xbb; quand on z&#xe9;zaye! &lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 18 Nov 2009 09:52:00 GMT</pubDate></item></channel></rss>