La Nouvelle Lettre du Jeudi

À propos des images et d'autres choses. Olivier Deprez

20 mai 2006

Portrait retouché VI (Eric Lambé).

Un fonctionnaire européen
une sans-emploi
une amoureuse une tête

Sur le lit
un gars rigole
cloue le bec
claque des dents

coche dans un coin de la case
le nom
le prénom
et n'oublie pas de répondre
à l'annonce
cherche raison de vivre
raison d'écrire

échange avec qui veut
un lot de rames
en cas de naufrage
lire la notice

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Portrait retouché V (Denis Deprez).

posthume le lecteur enterré éjecté défenestré

un livre sombre (carnaval macabres sarabandes)

homme à barbe marchant dans paysage spectral se dirige vers un cube-laboratoire

(un homme se rase)

ou

une injection intraveineuse, l'encre noircit les veines

devant un miroir
Buck Mulligan
en peignoir tient le bol
mousseux
un cercle de lettrés
récite encore une fois
le fameux air
il pleut des hallebardes

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Portrait retouché IV (Vincent Fortemps).

Terre retournée crottes mottes
ancre comme encre
en tournée en ritournelle (mais jamais pour elle)
et boire un coup
trame en fanfare

accroupi l'animal chie

pas de chichi mais du grand roman moderne et puis faut qu'ça tombe pile pourquoi finir en croix noir sur fond blanc ?

Sur le comptoir
sous le lustre d'antan
la bière qui mousse

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Sur le motif

Rocher masse énigme que mes crayons
effleurent-non-effleurent, non-sens au-delà du non-
sens (non-chose, c’est encore trop dire ;
non-mystère ni proche
ni lointain) le vent sans te com
prendre t’effleure (mais le vent est encore plus non-
chose que le rocher, tourbillon de
néant, in-visible, non-su, senti
seulement par le corps — je ne pense
pas, je me contente de sentir),
déception toujours, écrire " ro
cher " n’est pas comme dessiner le rocher
ce n’est pas la même chose la même
non-chose, les mots sans-couleur
ne peuvent simuler dissimuler le rocher
ne peuvent dessiner le rocher non
ne peuvent représenter le rocher
non ; le rocher récuse, se laisser
être dit ce n’est pas pour lui, refus
définitif du poème, de la prose-
rocher : anti-chose, anti-être, anti-
mot, intégralement indifférent,
au-delà même de l’indifférence,
(la présence c’est autre chose) non
la présence cette autre chose, même
pas mystère au-delà du mystère, au-
delà de tout dit, à dire nonobstant,
—la rivière coule en contrebas de
là où j’écris.
vas-tu enfin traduire le
refus de se laisser traduire du
rocher ? vas-tu non-sentir simplement
cette non-présence du rocher, ro
cher impropre au mot " rocher " ou c’est le
mot rocher qui est impropre à cela
Un aigle niche
au sommet de la forge
ne
pas penser écrire simplement sou
cieux de qui va lire de l’effet à
produire percevoir comment perce
voir être la perception et non ce
qui est perçu ; la masse dite ro
cheuse non-réalité en réa
lité irréelle (comment dire je ?)
— on a tiré les rideaux de la fe
nêtre — plus je t’approche et plus
tu disparais,
il faut rester simple auprès de toi
il faut niquer les limbes pour toi ; ta
quiddité lointaine me donne l’en
vie soudaine de me transformer
en disciple de Denys ou d’Eri
gène de Boèce ou d’Avicennes
que tu deviennes le Livre des Noms
Divins, la Somme dans laquelle je
puise le non-savoir utile au " co
mment je dois le peindre ", cette autre chose
sept autres choses cet autre chaud le
feu (que dirait Caïro ?) rocher avec
ou sans majuscule ? nom impropre ou
nom non-commun ? La rivière n’a qu’un
sens linéaire un seul souci descendre
au plus vite se perdre dans un fleuve
et puis la mer la gorge amère, la
vie est une chose simple un accent
un mot linéaire la vie on sait
où elle mène mais qui sait où vont
se jeter les mots —FEUX INTERDITS dit
une pancarte—

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Sonnet à brûler IV

Toujours sur le métier remettre le travail labeur laboratoire précaire du sens en deçà la terre le
débit d’un mot à mot pas d’ivresse une photographie de Weston des escaliers pour les décors
de quel film déjà oublié flashs qui reviennent des marches qui ne vont nulle part

prose sur toute la ligne la marche cassée dans un album d’Hergé les images s’éparpillent un
bref regard vers les cimes des arbres brisés une signification qui s’arrache durement un sol sec
aride austère pas de chant gracieux mais rugueux (qu’est-ce que l’art


d’écrire ?) la chambre de Vincent Van Gogh son plancher que lustre le regard un non-lieu
rouge vif quelques objets bleus jaunes verts oreille tranchée ce n’est pas la même chose
qu’oreille cassée


qu’est-ce que l’art tout court un tronc posé sur un sol un nu (imagine la case) rien que la
banalité les vacances une bibliothèque dessinée à la fumée d’une bougie une vieille demeure
estampe tout usée

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Portrait retouché III (Paz Boïra).

A dit à B
pince-moi
je rêve

à deux ou à trois
pourquoi pas
quand on aime
on ne compte pas

Sur une branche
dans l'eau
les entrelacs
d'un crayon noir sur papier
blanc

cassé
huilé
l'arbre cache la forêt

imaginer lent travelling sur fond de

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Portrait retouché II (Dominique Goblet).

Avec ses cliques et ses claques
de portraits crachés
en portraits raturés
jeune fille modèle
cherche
modèle masculin
à raconter sa vie
ses hauts et ses bas
t'as pas l'heure ?
Fuit hic
il faudrait ici un astérisque
un signe en étoile
quelque chose pour écrire
que dessiner
c'est vivre

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Portrait retouché I (Jean-Christophe Long).

Poules poupoules qui parlent
soliloquent caquettent
trempette
à la mer du nord
un hommage l'air de rien
aux moules de qui tu sais
la couleur comme avers du noir et blanc
ou l'inverse
si ça bave c'est encore mieux
papier écrasé
gaufre et gaufrage
spécialité du coin


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22 avril 2006

Ode à Zanzotto(variante).

Un Sancerre
Svp ! pour effacer la ligne lavoir harassé des cimes inser
Obstacle comme si l’iniquité existait sans les clercs
Sans les clones les similis les infinis de la terre.
Obstacle rogner la page orner la marge pour plaire
Une ride qu’on ne veut ôter. Homophonies à l’incipit si probe. C’était hier
Même au-delà du trait (répéter la contrainte enfin lunaire)
Inavouable incurie mais lui agissant multiple bestiaire
nul écrin pour racheter le visage qui dé-défie interfère
se débine s'en fiche ; le surmoi ne s'épuise plus à clamer le ça funiculaire
duplicité seuil râle ennuyeux carré ciseaux réseau d'écolière
obstiné il bisse le ne pas le ne plus l'écran des amplifications. Abstraire!
Il nomme et renomme greffe brames ratons conifères
C’est la copie la mère l’Ithaque retour interimaire
silence diction prophététhique programmatique à rire étêté l’avers
sémiologique crocus betterave comics d'anthologie grammaire
ôter un signe hyperbate invisible la scie ne scinde que l'air

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Ode à Zanzotto.

Une bière
Svp ! pour effacer les signes miroirs fracassés des rimes en r
Oracles comme si l’Antiquité existait sans les bruns-verts
Sans les ça va les salsifis les in fine de la terre.
Oracle corner la page rogner corneille pour taire
Un vide qu’on ne peut combler. Paronomase à l’infini si possible. C’est l’hiver
Même au-delà du ciel (rejeter la contrainte en fin de vers)
Inhabitable insomnie minuit vagissant stupide lunaire
Nul écran pour projeter le paysage qui dé-défile sans cerf
Débobine sans biche ; le Dasein ne suffit plus à apaiser l’éclat circulaire
L’opacité œil pâle et lumineux cercle pisseux rameau de sorcière
oblitéré il pèse le ne pas le ne plus l'écrin des significations arbitraires
Il compte et recompte rêve crânes moutons somnifères
C’est la crise la guerre l’Iliade niellure interstellaire
science-fiction poététhique propédeutique à lire la tête à l’envers
Philosophie primerose topinambour bd de philosophie primaire
Sauter une ligne palindrome impossible la vie ne va que vers

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