30 mai 2009
Dedalus
L'éclat du soleil, frappant soudain sa vue, transformait le ciel et les nuages en un monde fantastique de masses sombres, avec des espaces pareils à des lacs de lumière d'un rose foncé. Son cerveau lui-même était malade, impuissant. Il pouvait à peine déchiffrer les lettres aux enseignes des boutiques. La monstruosité de sa vie semblait l'avoir transporté hors des limites du réel. Rien dans le monde réel ne le touchait, ne lui parlait, à moins qu'il n'y entendit un écho de ce qui criait furieusement au-dedans de lui. Il ne pouvait répondre à aucun appel terrestre ou humain, il restait muet, insensible devant l'invitation de l'été, de la joie, de la camaraderie; la voix de se père le lassait et le déprimait. C'est à peine s'il reconnaissait ses propres pensées comme venant de lui-même ; et il se redisait lentement :
"Je suis Stephen Dedalus. Je marche à côté de mon père qui s'appelle Simon Dedalus. Nous sommes à Cork, en Irlande. Cork est une ville. Nous logeons à l'hôtel Victoria. Victoria, Stephen, Simon. Simon, Stephen, Victoria. Des noms.
James Joyce, Portrait de l'artiste en jeune homme, Bibliothèque de la Pléiade tome I, p. 620.
09 mars 2009
Wittgenstein, de l'identité
"La théorie de l'identité selon Ramsey commet l'erreur que l'on commettrait si l'on disait pouvoir également utiliser un tableau comme miroir, quand ce ne serait que pour une pose unique; on oublie ce faisant que ce qu'il y a d'essentiel dans le miroir, c'est précisément que l'on peut inférer à partir de lui la position du corps qui est devant le miroir, tandis que dans le cas du tableau on doit d'abord savoir que les poses correspondent avant même de pouvoir saisir l'image comme image réfléchie".
Wittgenstein, Remarques philosophiques.
08 mars 2009
Caizergues, frontières de la représentation
"- Voici la frontière!
- Quelle frontière? Il n'y a pas de frontière entre 1 objet représenté et l'objet réel".
Jean-Luc Caizergues, Petit catalogue de vente par correspondance
07 mars 2009
Citations. Encore à venir, Kierkegaard
"Le monde a peut-être toujours manqué de ce qu'on peut appeler à proprement parler des individualités, des subjectivités décidées, se reflétant profondément dans l'art, pensant par elles-mêmes, à la différence des gens qui crient et qui enseignent".
"La pensée objective est, comme la plupart des gens, si bien intentionnée et si communicative; elle se communique simplement et recourt tout au plus à des protestations de sa vérité, à des recommandations et à des promesses solennelles qu'un jour tous les hommes reconnaîtront cette vérité - tellement elle est sûre. Ou plutôt : tellement elle est peu sûre, car les protestations et les recommandations et les promesses solennelles qui en effet sont valables pour les autres qui doivent accepter la vérité, pourraient peut-être aussi être valables pour le professeur, qui a besoin de la garantie et de la certitude que donne la majorité".
"La forme de la communication est quelque chose d'autre que son expression".
Kierkegaard, Post-scriptum aux miettes philosophiques.


















