24 avril 2006
Pages retrouvées du Journal du Château II
Je cherche dans "Le Château" une phrase qui pourrait orner les morceaux choisis du "Journal du Château" et je trouve ceci qui s'accordera admirablement au propos : "...K avait le sentiment constant de s'égarer, ou bien de s'être avancé plus loin que jamais aucun homme dans des contrées étrangères, où l'air lui-même n'avait pas un seul élément qu'on retrouvât dans l'air du pays natal, où l'on ne pouvait qu'étouffer à force d'étrangeté, sans pouvoir pourtant faire autre chose, au milieu de ces séduction insensées, que de continuer et de s'égarer d'avantage."
Pages retrouvées du Journal du Château I
...n'est pas un jour ? Je le dis, mais je modère le propos en stipulant que, du moins dans le cas d'un journal intime, le propre des signes est de désigner cette incompressible absence, cette fuite ininterrompue des choses, du temps, des plaisirs.
A midi, débat sur le financement de l'enseignement. Au cours de la discussion, l'un demande à l'autre de ne plus parler en langage codé. L'autre rétorque qu'il va parler clairement. Vaine utopie de la transparence qui voudrait nous exonérer des intérêts de l'interprétation.
On devient auteur lorsque le temps durant lequel on lit est moins long que le temps durant lequel on écrit. Mais de mon point de vue, lire, ce devrait toujours être comme écrire. A propos de lire, j'ai cette phrase de Kierkegaard sous les yeux : "Pour avoir mangé du fruit de l'arbre de la science, la différence entre le bien et le mal est entrée dans le monde, mais en outre la différence sexuelle comme appétit". Est-ce que l'homosexualité ne serait pas dès lors le retour à une condition pré-adamique ? Au fait, dans le dernier film d'Hitchcock, le personnage se nomme Arthur Adamson. Adam's son, bien évidemment.
L'adresse électronique de la secrétaire de la revue contient le nom "Pandora". J'aurai voulu écrire "Ma chère Pandora...", mais je n'ai pas osé.
21 avril 2006
Journal du Château (Fragment 10)
Lecture du Journal de F. K., bientôt terminé. Il y a mille micro-lectures à en tirer. Avancé dans Kierkegaard. Pas de jouissance supérieure en matière de lecture. De bout en bout passionnant. J'aimerais écrire sur Kierkegaard. L'été peut-être sera l'occasion de recommencer à écrire sérieusement.
Vu à Beaubourg des superbes Picasso, Matisses etc. Vu Orsay mais déception, je n'aime pas du tout l'impressionnisme à part quelques Degas. Seul choc, mais il s'agit à strictement parler d'une œuvre post-impressionniste, les nymphéas de Monet.
Vu hier Le goût de la cerise, film iranien. Dénouement superbissime, sortie brutale de la fiction, le spectateur ne peut être que secoué par une telle sortie qui défait la fiction, qui la déréalise littéralement. Il s'agit pourtant d'un récit presque ennuyeux. Le paysage est poussiéreux et triste. Un homme qui veut se suicider cherche un complice pour l'aider. Personne ne veut l'aider sauf un vieux bonhomme qui a voulu aussi en finir dans sa jeunesse mais qui a échappé à la mort grâce au goût de la cerise qu'il a cueillie à l'arbre où il allait se pendre. Cette simplicité dans l'argumentation serait naïve si le suicidaire se laissait convaincre. Ce n'est pas le cas, l'homme se rend à l'endroit où il a creusé une tombe, a-t-il pris des médicaments, ce n'est pas clair, mais il se couche dans le trou. Un orage éclate, gros plan sur le visage, puis le noir et coupure. Après cette coupure, le soleil brille, l'acteur qui jouait le suicidaire allume une cigarette et ne tient plus d'autre rôle que son rôle d'individu et d'homme, les montagnes sont vertes et belles, l'équipe du film place la caméra pour une dernière prise, une troupe de soldats arrive en chantant. Le réalisateur annonce que c'est terminé, qu'ils peuvent arrêter. La caméra se promène parmi les soldats qui jouent, cueillent des fleurs, rient de toutes leurs dents. C'est fini.
Journal du Château (Fragment 9)
Le Château est au point mort, ce qui est désolant et même désespérant.
Ce journal a une existence de plus en plus aléatoire, ces pages ne sont plus d'une nécessité impérative; l'ont-elles jamais été au demeurant ! Je ne vois plus en cet exercice que la simple recension de menus faits, un témoignage duquel on pourra dire "voilà comment au début du troisième millénaire un artiste, un intellectuel moyen écrivait et pensait et voilà la matière qui l'intéressait ".
Petit bilan tout de même. Le Château a repris un peu de vie, quinze planches en court dont neuf gravées. Echec total du côté de Maisonneuve, TGV s'enlise. La crise chez Fréon est passée mais le problème financier demeure. La traduction de Déchets a perdu toute forme d'existence, elle doit traîner dans le tiroir d'un éditeur universitaire à Berlin. Quant à mes finances, mon incapacité à créer de la plus-value avec les quelques qualités que je possède est telle que la situation devient intenable.
Sur le plan intellectuel, une avancée en terrain hégélien et un vague désir d'en tirer quelque chose, un article, un commentaire, on verra plus tard. Relecture du Docteur Faustus de Th. Mann. Relecture du Journal de F.Kafka. Lecture d'un collectif publié aux éditions Rodopi, il y est question du temps, de l'image et de la narration. Schaeffer, Jan, Peeters, Groensteen signent des articles très intéressants.
J'aborde définitivement la dernière séquence du Château. K. erre dans le couloir de l'hôtel des messieurs. Rencontre fantomatique avec Frieda et les aubergistes, puis sortie en compagnie d'un homme qui dit avoir un travail pour lui. K. et l'homme arrivent dans une maison, une vieille liseuse, fin du manuscrit.