28 novembre 2008
BBB Session
Pour ceux qui comme moi ont manqué l'événement, cliquez sur ce lien : soirée Black Book Black.
21 novembre 2008
Nouvelles solitudes de R.
Le vent s’introduit partout dans la maison, l’horizon est noir, sévère à l’extrême ; les volets claquent. J’en ai terminé avec le cycle de peintures baptisé « Lenin Kino ». Peindre et écrire s’excluent mutuellement. D’où le relatif silence en ce lieu. Qui a dit qu’il faudrait couper la langue aux peintres ? Quand je « travaille », il m’arrive de demeurer de longues heures sans rien faire ni penser, mais seulement attendre et regarder les toiles déjà peintes. Cette prose décousue démontre d’elle-même ce qui arrive quand on abandonne un outil : on perd la main. C’est comme marcher avec des chaussures que l’on n’a plus porté depuis longtemps. Le cuir est durci, la démarche est raide.
En lisant le livre de William Curtis sur « L’architecture moderne depuis 1900 », ce passage retient mon attention : « Le rez-de-chaussée abrite deux chambres, un atelier et, dans l’angle sud-ouest, un espace cuisine-séjour d’où l’on avait, à l’origine, une vue sur le paysage plat environnant (aujourd’hui une autoroute interrompt le regard). » Comment, primo, ne pas songer au regard de Renaud Camus qui au fil de ses livres comptabilise, énumère, ce type d’atteinte ? Bien entendu, il y a ceux qui ont une mentalité pratique et qui arguent du fait que l’autoroute tout de même etc. Mais combien ne voient même pas ce qui s’abîme sous leurs yeux ? Si je regarde sur ma droite, à travers la fenêtre, je vois le causse se déployer, et, malheureusement, je vois aussi une ligne électrique traverser cet espace qui, à lui seul, est une leçon quotidienne de retenue, d’ouverture et de clôture, d’ascèse, de respiration, etc. Regardant cette étendue ingrate, mais belle précisément d’être ingrate, je songe aussi que des hangars déparent ce site unique et que d’aucun ne rêvent que d’y implanter des communautés de touristes en tentant de séduire notamment par l’accès libre à la piscine pour les habitants du causse… Sachant combien l’eau ici est précieuse, on appréciera l’argument à la mesure cynique qui est la sienne.
Le lieu où je vis est pour autant si pas plus dans le travail que je viens de terminer. Il me pousse à l’extrémité de moi-même, m’oblige au dépouillement, m’enlève le goût de la joliesse (mais ai-je jamais cultivé ce type de goût ?). Il m’apprend la sobriété de la pierre et la patience immémoriale des fossiles. Beaucoup de choses évidentes à la ville sont ici des éléments qui avivent les sensations, les réveillent. Il m’est parfois difficile de dire si c’est moi qui habite cette vieille maison de pierre ou si, au contraire, c’est elle qui s’est installée en moi, vivant dans ma chair, coulant dans mon sang. Mes yeux sont ses fenêtres. Je suis son regard. Il faut réinventer une vie. C’est peut-être ici, dans ses lieux que l’ont dit retirés que cette invention trouvera son origine.
18 novembre 2008
Le chat Murr
au chat Murr et à tous les chats.
Le Barral est couvert de gros et gras nuages gris. Lectures parallèles de Nietzsche, Musil et du livre de Curtis sur l’architecture moderne. Lectures qui se complètent et se soutiennent mutuellement. Le chat Roméo est mort. Nous l’avons enterré sous un buisson qui donne de belles fleurs au printemps. Manière de garder en vie ce petit animal qui était aussi un ami, une présence tranquille et sereine. Nous l’appelions le chat philosophe et parfois le chat de Giacometti, à cause d’une relative maigreur, maigreur qui masquait – mais nous ne le savions pas – sa maladie. Il semblait souvent plongé dans d’arides et austères pensées, peut-être voyait-il sa mort toute proche. Absent, il est d’autant plus présent dans nos pensées. Lorsqu’il était vivant, nous n’y pensions pas. Maintenant, il se tient à côté de chacune de nos secondes comme un gardien du Temps.
10 novembre 2008
La fibre romaine
Pour celui qui à l’instar d’un Frank Lloyd Wright ou d’un Theodor Fontane a appris à creuser son sillon dans le tuf de l’art et non dans la quête futile d’un public, la vie des formes ne peut que se confondre avec la vie tout court. La forme que l’on cherche toute sa vie a forcément des liens profonds avec la vie. À moins que tout cela ne soit irréel. Et, comme Fontane le suggère, au bout du compte, tout cela n’est peut-être que le fruit de l’imagination. La réalité est irréelle et c’est nous qui la parons des atours que nous croyons, sans doute à tort, fondés. Fondés sur quoi au demeurant ?
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Brouillard et pluie sur le causse de Blandas. Après un long silence, je tente de reprendre la rédaction du journal d'un graveur et j'écris donc ces quelques notes ; mais, devrais-je le souligner, le cœur n’y est pas. Néanmoins, lecture de Nietzsche. Si la première des Considérations inactuelles m’a quelque peu déçu, à cause de son caractère excessivement polémique et vain – car, à quoi bon user les mots à démolir une baudruche (David Strauss tel qu’il est présenté dans le texte est une cible qui paraît a priori bien trop facile à viser), la seconde en revanche contient des pensées d’une très grande valeur au point que cette partie du livre est toute remplie de plis qui soulignent tel ou tel paragraphe. Je ne citerai que cet extrait :
« Le Romain de l’époque impériale perdit sa fibre romaine en voyant la terre entière soumise à ses ordres, il se perdit lui-même dans le flot des nouveaux arrivants et dégénéra dans ce carnaval cosmopolite des dieux, des coutumes et des arts ; il n’en ira pas autrement de l’homme moderne, auquel ses artistes historiens présentent le festival permanent d’une exposition universelle. Il s’y promène en spectateur et savoure toutes ces choses, plongé dans un état que même de grandes guerres, de grandes révolutions ne peuvent altérer qu’un court instant. La guerre est à peine terminée, qu’elle est déjà transformée en papier imprimé et reproduite à des centaines de milliers d’exemplaires, qu’elle est déjà offerte comme la toute dernière épice au palais blasé des assoiffés d’histoire. Il paraît presque impossible de produire un son fort et plein, si violemment qu’on frappe les cordes : la note s’éteint immédiatement et l’instant d’après l’on n’entend plus que la faible et inconsistante vibration historique. »
Lire ce passage comme une description de notre société actuelle serait une erreur, mais il est cependant juste de relever des similitudes. On peut aussi souligner que tout ce que dit Nietzsche n’a fait que s’amplifier. Et c’est nous qui sommes comme le Romain perdant sa fibre romaine. Il me semble d’ailleurs que Renaud Camus ne cesse de dresser le portrait de ce Romain des Temps Postmodernes.
La brume s’intensifie dehors. L’on voit à peine la route.





















