MAB - Festival Internacional de Multimédia, Arte e Banda Desenhada
MAB-Festival Internacional de Multimédia, Arte e Banda Desenhada it’s an event dedicated to various art forms such as: animation, illustration and comic books.
It’ll happen on 2 weekends 10/11th and 17/18th March on the faculties of the University of Fine Arts in Porto and it’ll have several renowned authors of these areas from countries like: United Kingdom, Belgium, Italy, Germany and Portugal.
Mainly addressed to a public interested on these art forms and from all ages will have activities like: exhibitions of originals of the authors presented, autographs sessions, presentation of short animation movies and masterclasses, we’ll have also a commercial area where’ll be the authors selling some of their products as well as book stores and publishing companies.
Regarding the schedule agenda of this event, we’ve to show an exhibition dedicated to the 75th anniversary of the comics character Prince Valiant (coordinated and with the cooperation of publisher Manuel Caldas) , an homage to editor/author Sergio Bonelli that passed away last year and a small one with our own character “Sketch” that’ll be designed by our graphic designer Jorge Ferreira and will serve as some kind of interaction with the comics con.
Oporto city doesn’t have an event like this for more than 11 years. The organization tries to show and promote to the public interested on these art forms some authors that aren’t well known in Portugal but show pieces of work of interest all over Europe.
By doing this we try to “Resurrect” a tradition of promotion of artists that like others such as Marjane Satrapi, Peter Kuper, Tom Hart, Ed Brubaker, Jason Lutes or Dave McKean (to name some), who had their first opportunity to contact Portuguese audience on the ancient comics con “Salão Internacional de Banda Desenhada do Porto” that finished on 2001.
MAB has some partners where the con will be: University of Fine Arts in Porto, Metro do Porto and the project Casa Viva.
Metro do Porto will promote this event with promotional videos on the screens of the main stations in Porto and will exhibit there two exhibitions. (Prince Valiant and Sketch).
CasaViva Project will have the other schedule agenda that will show to the public: presentations of editorial news, exhibitions of new Portuguese talents and concerts.
At the University of Fine Arts we’ll be an exhibition of homage to editor/author Sergio Bonelli.
The organization gives now a list of confirmed authors that isn’t yet finished from the United Kingdom.
Germany:
- Lars Henkel (comic book, illustration and animation author) being also the author of the illustration for the poster of our event.
- Ulli Lust (comic book and illustration author);
- Anke Feuchtenberger (comic book and illustration author);
- Ulf K. (comic book and illustration author).
Italy:
- Fábio Civitelli (comic book author of the popular character: Tex from the “fumetti” tradition)
Belgium:
- - Olivier Deprez (comic book author and one of the founders of Fremok publishing that was a resulto f the fusion of publishing companies: Amok and Fréon).
- Denis Deprez (comic book author and one of the founders of Fremok publishing that was a result of the fusion of publishing companies: Amok and Fréon).
Portugal:
- Regina Pessoa (illustration and animation author);
- Filipe Abranches (comic book author and animation);
- Pedro Serrazina (animation author);
- Hugo Teixeira (comic book author)
CasaViva will give room to new talents on areas such as: comic book, animation and illustration authors where they can promote and sell their works. MAB is open to new projects on these areas and all that we ask to people is to send their works towards the email that was created for this purpose: invictaindiearts@gmail.com.
Until the end of this month (January) will be launched our website or blog; where will be the rest of our schedule agenda, activities, prices for the con and where and how to buy them and other information.
This is an event without any budget, being possible only through partnerships and the work of this organization, being this event of public interest we ask to everybody to promote it by your available means. (be it by twitter, facebook, blog or website).
Best regards
Manuel Espírito Santo
À Zanzotto
Ode à Zanzotto I
Une bière
Svp ! pour effacer les signes miroirs fracassés des rimes en r
Oracles comme si l’Antiquité existait sans les bruns-verts
Sans les ça va les salsifis les in fine de la terre.
Oracle corner la page rogner corneille pour taire
Un vide qu’on ne peut combler. Paronomase à l’infini si possible. C’est l’hiver
Même au-delà du ciel (rejeter la contrainte en fin de vers)
Inhabitable insomnie minuit vagissant stupide lunaire
Nul écran pour projeter le paysage qui dé-défile sans cerf
Débobine sans biche ; le Dasein ne suffit plus à apaiser l’éclat circulaire
L’opacité œil pâle et lumineux cercle pisseux rameau de sorcière
oblitéré il pèse le ne pas le ne plus l'écrin des significations arbitraires
Il compte et recompte rêve crânes moutons somnifères
C’est la crise la guerre l’Iliade niellure interstellaire
science-fiction poététhique propédeutique à lire la tête à l’envers
Philosophie primerose topinambour bd de philosophie primaire
Sauter une ligne palindrome impossible la vie ne va que vers
Ode à Zanzotto II
Un Sancerre
Svp ! pour effacer la ligne lavoir harassé des cimes inser
Obstacle comme si l’iniquité existait sans les clercs
Sans les clones les similis les infinis de la terre.
Obstacle rogner la page orner la marge pour plaire
Une ride qu’on ne veut ôter. Homophonies à l’incipit si probe. C’était hier
Même au-delà du trait (répéter la contrainte enfin lunaire)
Inavouable incurie mais lui agissant multiple bestiaire
nul écrin pour racheter le visage qui dé-défie interfère
se débine s'en fiche ; le surmoi ne s'épuise plus à clamer le ça funiculaire
duplicité seuil râle ennuyeux carré ciseaux réseau d'écolière
obstiné il bisse le ne pas le ne plus l'écran des amplifications. Abstraire!
Il nomme et renomme greffe brames ratons conifères
C’est la copie la mère l’Ithaque retour interimaire
silence diction prophététhique programmatique à rire étêté l’avers
sémiologique crocus betterave comics d'anthologie grammaire
ôter un signe hyperbate invisible la scie ne scinde que l'air
Le poète italien Andrea Zanzotto est mort le 18 octobre 2011.
Ébauche d'un film
Site à l'essai
Désormais les amateurs de gravures sur bois (xylographies) peuvent visiter ce nouveau site à l'essai : www.antiste.com
Version O1 du livre APLM/APLV et sa jaquette
http://asp.zone-secure.net/v2/index.jsp?id=3400/4413/18569&lng=fr
Un livre à venir
En cliquant sur le lien ci-dessous, vous accédez à un flip book. Ce livret électronique présente un montage possible d'un livre qui sera très prochainement publié. Il s'agit du livre réalisé en collaboration avec Adolpho Avril, artiste pensionnaire de l'hôpital psychiatrique de Lierneux (Sud de la Belgique). Le livret est consultable durant trois semaines.
<script type="text/javascript" src="http://asp.zone-secure.net/scripts/script_wp.js"></script>
<a href="javascript:fullWin('Pop1','http://asp.zone-secure.net/v2/indexPop.jsp?id=3400/4413/18569&lng=fr')">
<img src="http://asp.zone-secure.net/v2/3400/4413/18569/integration/DiapoMini/page1.jpg" border="0" width="210" height="282" />
</a>
Vers le Sud.
Le sens ordinaire, notes sur la poésie de Wallace Stevens
Quelques remarques à propos d’un poème de Wallace Stevens.
Les notes qui suivent sont établies en fonction de la traduction de la poésie de Wallace Stevens par Gilles Mourrier. La traduction de l’ensemble de l’œuvre de Stevens est disponible sur ce site : http://mapage.noos.fr/gmurer0001/table_ws.htm . Outre la traduction, on trouve une présentation argumentée et extrêmement fouillée du dossier enchevêtré de la postérité de Stevens quant à sa traduction en français. Le dossier est partisan et engagé, ce que l’on comprend eu égard aux affres du traducteur en proie aux manœuvres des maisons d’édition qui semblent placer leur intérêt propre avant l’intérêt du poète (du moins si l'on se réfère à ce qu'en dit Gilles Mourrier). Il est dommage pour la poésie et pour l'art de la traduction que de tels conflits ne soient pas transformés en objets littéraires où les différentes versions coexisteraient de façon à ce que le lecteur puisse profiter des variations et forger ainsi sa propre idée. Il me semble de plus que ce serait une bonne façon d'introduire le lecteur à l'art de traduire. Lecteur débutant de Wallace Stevens, et comparant les traductions de Gilles Mourrier et de Claire Mauroux, mon sentiment est que le premier est un traducteur plutôt hardi qui a tendance à réécrire Stevens tandis que la seconde essaye de suivre de très près l'original. Deux conceptions de la traduction s'affrontent là. Lisant l'original, je suis souvent surpris par les propositions de Mourrier, ne serait-ce qu'à s'attarder à un élément purement visuel et architectonique. Mourrier en effet a tendance à agencer les versets tout autrement que Stevens. Là où par exemple dans le poème "The plain sense of things" Stevens propose une versification en cinq quatrains, Mourrier transforme les cinq blocs en trois blocs de sept vers. Je ne connais pas encore suffisamment la poésie de Stevens pour apprécier cette transformation, mais, en comparaison, jamais Claire Mauroux ne s'autorise une semblable modification. Entre fidélité et réinvention, l'équilibre est sans doute délicat et difficile à trouver.
Sur le site de Gilles Mourrier, une bibliographie complète le tout et achève de faire de ce site un lieu incontournable pour qui s’intéresse à Wallace Stevens, poète moderniste américain né à Reading le 2 octobre 1879 et mort à Hartford le 2 août 1955.
Mes remarques ont la naïveté, la fraîcheur (j’espère) et l’incertitude d’un qui découvre tardivement la poésie de Wallace Stevens. C’est sous réserve d’une lecture exhaustive que je me promets de faire que j’écris ce qui suit. Si je prends un peu de temps au temps pour noter ces quelques remarques, c’est que la lecture du poème « Botaniste sur Alpe (n°1) » a été pour moi l’occasion d’une révélation. Le poète selon moi dit et montre quelque chose de capital dans ce poème. C’est ce que je vais tenter d’étayer à présent. Mais avant toute chose, voici le poème dont il est question. Le poème est extrait du recueil « Ideas of order ».
Botaniste sur Alpe (n° 1)
[Ndt: cette traduction et la suivante sont dédiées à Seph S.]
Les panoramas ne sont plus ce qu'ils étaient.
Le Lorrain est mort depuis de longues années
L'apostrophe est bannie sur le funiculaire.
Marx a, pour le moment,
Ruiné la Nature.
Pour moi, je mène ma vie près des feuilles
Si bien que les corridors de nuages,
Les corridors de pensées nuageuses,
Semblent être à peu près la même chose:
Je ne sais pas quoi.
Mais chez Le Lorrain, qu'on était donc proche
(Dans un monde appuyé sur des piliers,
Visible au travers d'une volée d'arches)
De la composition centrale,
Du thème essentiel.
Quelle composition trouver dans tout ceci:
Stockholm étique dans une lumière étique,
L'élévation d'une riva adriatique,
Des statues et des astres
Dépourvus de thème?
Les piliers ont chu, les arches sont délabrées,
L'hôtel à l'abandon a été condamné.
Toutefois ce panorama de désespoir
Ne saurait être la spécialité
De cet air en extase.
1. Le romantisme tardif de Wallace Stevens vs le modernisme.
Ce qui dans un premier temps saute aux yeux du lecteur, c’est dans ce poème le rapport étroit qui se noue avec quelques notions centrales du romantisme. Le paysage, la Nature (avec un grand « N »), la science accouplée à l’art (comme chez Carus), les ruines, la position en surplomb et enfin l’extase, tout cela appartient bel et bien au romantisme. Tout se passerait comme si le romantisme venait raisonner et résonner aussi bien une dernière fois dans les vers de Stevens.
Toutefois, une lecture qui se tiendrait à ce parti n’aurait fait que la moitié du chemin. Certes, le romantisme agit encore dans la poésie de Stevens, mais si ce courant y est encore actif, c’est pour mieux s’articuler à de nouvelles nécessités. Si d’un côté Stevens évoque le romantisme, on peut aussi dire qu’il le révoque.
Un poème issu du recueil « The rock » aide à comprendre le sens de cette révocation :
"Le sens ordinaire des choses
On en revient, après que sont tombées les feuilles,
À un sens ordinaire des choses. C'est comme
Si nous avions atteint, dans l'imagination,
Un terme, inanimés en un *savoir* inerte.
Il devient même ardu de choisir l'adjectif
Pour ce froid vacant, cette tristesse sans cause.
L'ample structure est maintenant maison mineure.
Aucun turban n'arpente les sols dépréciés.
Comme jamais, la serre a besoin qu'on la peigne.
La cheminée penche d'un bord, cinquantenaire.
Un fantastique effort vient d'échouer, redite
Dans le répétitif des hommes et des mouches.
Pourtant l'absence de l'imagination même
A dû être elle aussi imaginée. L'étang,
Le sens ordinaire qu'on en a, sans reflets,
Les feuilles, la boue, l'eau telle une vitre sale,
Exprimant un genre de silence, silence
D'un rat curieux, l'étang et son gâchis de lys,
Tout a dû être imaginé, à la manière
D'un entendement inévitable, exigé
De la façon qu'exige une nécessité."
C’est le retour au sens ordinaire des choses qui répond en quelque sorte à l’extase romantique. La « Nature » ruinée déjà par Marx selon Stevens, du moins temporairement, a perdu cette volubilité typiquement romantique. Elle n’est plus qu’une vitre sale qui ne renvoie plus aucun reflet.
Malgré tout, il ne faut pas conclure à un pessimisme radical puisque :
« ce panorama de désespoir
Ne saurait être la spécialité
De cet air en extase ».
2. Wallace Stevens et la notion de paysage.
Si un ordre fait défaut, un nouvel ordre le remplace, ordre certes plus vague, moins dicible et moins archétypal, éloigné désormais du « thème central ». Le Lorrain offre à Stevens la possibilité de visualiser l’ordre ancien. Peintre paysagiste du dix-septième siècle, Claude Gellée de son vrai nom, peint une nature en harmonie avec la culture humaine. Dans les tableaux du peintre, les constructions humaines, les architectures, répondent sans offense à la nature. Cet ordre n’est plus, la maxime de Marx selon laquelle il faut transformer le monde a mécanisé le regard, ce dont témoigne le funiculaire. Funiculaire qui désormais rend impossible l’apostrophe (Plus de rencontre comme chez Courbet, seulement une translation mécanisée dans l’espace d’un paysage défait).
Considérer toutefois que Stevens substitue un paysage à un autre serait une erreur, je pense. Ce qui se joue est bien plus radical. En réalité, c’est la notion même de paysage qui tombe en ruine. Comme l’écrit Stevens dans un autre poème « This is not landscape ». Qu’est-ce alors ? Un « je ne sais quoi » rétorque le poète. À la certitude de la composition classique, à l’aura du paysage romantique répond l’incertitude d’un je ne sais quoi. Le thème du paysage a laissé la place à ce vague indicible. Et c’est sur cette incertitude, sur ce vague, que le poète doit construire et étayer son vers. On pourrait dire alors que la construction (ne) tient à rien.
C’est ici, sans doute, que Stevens prenant acte de l’éventualité de l’enlisement passe d’une esthétique romantique à une esthétique moderniste. C’est le retour à l’ordinaire, c’est la proximité avec la feuille, avec la matérialité de la langue et avec la réflexivité et l’auto-réflexivité qui se fait entendre littéralement dans le vers suivant extrait du poème « An old man asleep » : « the river motion, the drowsy motion of the river R. ». Mais l’auto-réflexivité, c’est-à-dire ce retour sur soi du poème, est nettement visible dans la question « Quelle composition trouver dans tout ceci ». Le poème se réfléchit doublement. Le « ceci » ne désigne-t-il pas le poème ? Et la question est comme l’expression réfléchie du poème qui s’interroge sur lui-même.
La construction poétique ne peut plus passer comme chez Le Lorrain par l’usage d’un jeu d’arches et de structures dûment établies, c’est plutôt en sa propre présence, son sens ordinaire, que le poème trouve de quoi s’étayer. Le poète ne fait plus face au paysage, mais à sa feuille et sur sa feuille c’est le poème qui reflète, plus le paysage, ni l’eau obscurcie d’un étang. C'est la nouvelle nécessité moderniste selon Stevens. Cette nécessité moderniste toutefois n'abolit pas chez Stevens la saveur des choses et du monde : Stockholm a beau être montré comme une riva adriatique sous une lumière étique, le lecteur ne peut s'empêcher de percevoir à travers le nom et l'ironie la ville froide et nordique. De même, la serre qui doit être repeinte est extrêmement présente au coeur du vers au point qu'on toucherait presque du doigt la peinture qui s'écaille. Si abstraction il y a, c'est une abstraction charnelle et non pas uniquement conceptuelle. La beauté et l'attraction de la poésie de Stevens se tient aussi peut-être dans cette tension entre abstraction moderniste et ce que j'appellerais son réalisme moderniste.
Mais la révélation à laquelle j'ai fait allusion plus haut n'a rien à voir avec tout ceci. Il s'agit d'autre chose, d'un je ne sais quoi, sans doute.
Un voyage en mer du noir
"Un voyage en mer du noir" est le titre provisoire d'un nouveau projet de récit gravé. Le projet consiste à redécouvrir et à relire l'oeuvre de Marcel Broodthaers. Les outils de la lecture sont mes gouges. À cette relecture, se mêleront les souvenirs d'un très heureux voyage familial à New York, voyage que j'ai fait il y a quelques années. Afin d'inaugurer ce projet, je fais un tirage de cinquante exemplaires numérotés de la planche ci-dessus.
Voici les détails :
Formules, le quatrième de couverture
Annonce, à paraître le 29 juin
FORMULES Sommaire n°15
Sommaire n°15
PRÉAMBULE
FORMES/ADAPTATIONS
JEAN-PAUL MEYER
Du roman à la bande dessinée. Double contrainte de la transposition narrative.
JEAN-LOUIS TILLEUIL
Gemma Bovery ou l’art de déjouer les contraintes.
OLIVIER DEPREZ
Faire parler le muet ? L’usage de la contrainte dans Par les sillons de Vincent Fortemps.
GABRIELLE REINER
Le numérique comme outil plastique pour réinterroger l’adaptation littéraire : l’exemple d’Ich Sterbe de Marylène Negro.
CONTRAINTES/FICTIONS/FRICTIONS
CAROLE BISÉNIUS-PENIN
OuBaPo : créations graphiques à contraintes.
ÉRIC VILLAGORDO
La contrainte du support en bande dessinée : une jubilation de l’imaginaire.
ANTONIO ALTARRIBA
Bande dessinée et géométrie. NogegoN, le palindrome et la bissectrice ou la lecture comme voyage aller-retour.
DANIÈLE MÉAUX
Un monde clos (à propos d’un livre du photographe Jean-Claude Bélégou).
ANNE BLOSSIER-JACQUEMOT
Les Oulipiens antiques. Pour une anthropologie des pratiques d’écriture à contraintes dans l’Antiquité.
MARC PARAYRE
Contraintes et relations de couple : texte/image dans les albums de littérature de jeunesse.
BANDES DESSINÉES
ÉTIENNE LÉCROART et alii (avec Alex Baladi, Andréas Kündig, Ibn Al Rabin)
Exercice collectif
IBN AL RABIN
« , »
DAVID CHRISTOFFEL et alii (avec Olive Booger, Pierre Le Houlier, L.L. De Mars, Movimiento Abracadocobrac, Françoise Naudinat, Adalbert Pendeloque, Colville Petitpont et Lucas Taïeb)
Parade
OLIVIER DEPREZ, JEAN-LUC CAIZERGUES
Il faut tuer Adams
Les livres noirs
D'autres images sur le site du BBB
Du côté du Blackbookblack
Retour au film : Film.
Goldoni
Dans la salle Goldoni, jadis théâtre où le célèbre acteur italien joua, se donnait vendredi une conférence au cours de laquelle Frédéric Coché et moi-même avons pris la parole. Nous étions invités à l'université de Perugia pour y présenter notre travail. C'était une initiative de la galerie Miomao.
L’art comme procédé
« L’art est de la pensée au moyen d’images » ; cette phrase est fautivement attribuée à Victor Chklovski sur le dos de couverture du livre « L’art comme procédé » publié par Allia. Cette erreur attribue à l’auteur une conception qui n’est pas la sienne. C’est Alexandre Afanassièvitch Potèbnia qui défend cette idée, ce que le lecteur apprend dès la première page du livre. Des guillemets auraient prévenu cette confusion. Pour Chklovski, il s’agit tout au plus d’un lieu commun de lycéen. D’une part, Chklovski montre que l’image n’est pas un trait caractéristique de tout le domaine artistique (certaines expressions artistiques se passent de l’image), d’autre part il constate que la création poétique consiste plus à redisposer des images qu’à en créer (ce qui devrait toujours inciter les artistes à la modestie).
Pour Chklovski, « le but de l’art est de délivrer une sensation de l’objet » et non pas de concevoir une pensée en image. Cette sensation est définie comme une « vision et non pas comme une identification de quelque chose de déjà connu ». Autrement dit, l’image ne vise pas à confirmer un objet dans son caractère propre, dans son identité. Selon le théoricien formaliste russe, l’image d’un arbre ne viserait pas à confirmer en moi la notion d’arbre que je connais. Ou, pour dire les choses en termes sémiotiques, la relation référentielle, le signifié, ne sont pas ce qui caractérise en premier lieu une image. Si dans l’image d’un arbre, ce n’est pas l’arbre qu’il importe d’identifier, en quoi consiste la vision de l’image dès lors ?
Pour Chklovski, « le procédé de l’art est le procédé “d’étrangisation” des objets, un procédé qui consiste à compliquer la forme, qui accroît la difficulté et la durée de perception, car en art, le processus perceptif est une fin en soi ». On peut à présent mieux saisir la conception de l’image de l’auteur formaliste russe. Si le processus perceptif est une fin en soi, alors l’image contrairement à la sentence liminaire ne se conçoit pas comme un outil de pensée, mais comme un objet perceptif à part entière. Pour revenir à notre exemple de l’image d’un arbre, du point de vue de Chklovski, l’image en dit moins sur l’arbre que sur elle-même. W.J.T. Mitchell bien plus tard, dans son ouvrage capital « Iconologie » , soulignera que n’importe quelle image peut être utilisée comme exemple de ce qu’est une image et peut donc être, à ce titre, considérée comme une metapicture, c’est-à-dire une image qui dit quelque chose des autres images. Nelson Goodman à propos de la référence soulignera quant à lui que n’importe quelle image peut se rapporter à n’importe quel objet, autrement dit que l’identification est relative et culturellement déterminée.
Ce qui me paraît important dans la critique formaliste de Chklovski, c’est son insistance sur le côté concret de l’image et par extension de l’art lui-même. L’art n’est plus une pensée mais est d’abord un objet ou un processus, un objet (ou un processus) dont la signification est aussi déterminée par le lecteur ou le spectateur. Lecteur ou spectateur qui peut s’en emparer pour redisposer à sa guise les éléments constitutifs de l’objet (ou du processus) et devenir à son tour un acteur artistique à part entière (il va de soi que toute « redisposition » n’a pas la même valeur ni la même portée, mais c’est un autre problème qui n’est pas le sujet de ce texte).
Victor Chklovski, l’art comme procédé, Allia, Paris, 2008.
W.J.T. Mitchell, Iconologie, Les prairies ordinaires, Paris, 2009.
Nelson Goodman, Les langages de l’art, Hachette, Paris, 2009.
Coulisses
« Une des premières rencontres dont chacun de nous vit l’expérience est la rencontre avec sa propre ombre ; on peut être tenté d’ajouter ou d’y opposer le reflet qui, en effet, n’est pas moins primordial et précocement constitutif de la conscience de soi. On parle depuis Lacan après Freud, d’un stade du miroir. On a parlé aussi d’un stade de l’ombre. »
Dominique Païni, L’attrait de l’ombre.
Film, suite
Film
Ces trois gravures constituent trois plans d'un film que je suis occupé à réaliser avec Adolpho Avril.
L'argument du film tient en quelques mots. Un visiteur débarque dans une ancienne caserne reconvertie en hôpital psychiatrique. Deux personnages, le docteur A et l'infirmier O ont installé dans une chambre de l'hôpital un laboratoire pour y fabriquer un film intitulé "Le testament du docteur A.". Le visiteur assiste à la projection et ne tarde pas à devenir acteur de ce qu'il regarde au point de se perdre physiquement dans ce film sombre et labyrinthique.
Le film (le vrai) en est à son début. Des premiers essais d'animation ont été réalisés. Si tout va bien, ce moyen métrage devrait être terminé dans deux ans.
Une saveur moderne, suite II
Il convient d’expliquer et d’éclaircir un point que j’ai laissé en suspend dans cette réflexion se déployant au fil d’une relecture de la Recherche. J’ai en effet souligné que le texte de Proust était motivé par une tension entre la peinture et la littérature, entre l’image et le verbe. Une telle articulation n’est pas spécifique à l’œuvre monumentale de Marcel Proust, elle traverse toute l’histoire humaine et a pris dans la sphère occidentale la forme horacienne de l’Ut pictura poesis, forme bémolisée par la querelle du Paragone menée entre autres par Léonard de Vinci. On sait que le peintre de La Joconde opposait la peinture à la poésie car celle-ci selon lui manquait du panoptisme propre à la peinture. Ce faisant, l’artiste succombait à cette conception qui distingue la poésie comme un art du temps et la peinture comme un art de l’espace. Conception erronée puisque l’image ne se donne pas aussi immédiatement qu’on le pense et que, les poètes modernes l’ont montré, la poésie est aussi affaire de spatialité.
Toutefois, le modernisme de Proust donne à cette articulation profondément humaine un éclairage singulier et si l’on remet l’œuvre dans son contexte un éclairage neuf. Autrement dit, la circularité moderniste se conjoint dans le texte de la Recherche avec le distinguo image vs texte.
Bien qu’il s’agisse d’un roman tout entier dévolu au temps, ce qui semblerait confirmer la dichotomie de Léonard de Vinci, la vision dans le texte joue un rôle non moins capital. Certes, la mémoire est un instrument tout aussi déterminant, mais la mémoire ne fonctionne qu’en liaison avec un appareil sophistiqué du regard. Le premier volet de la Recherche, à travers la lecture de la visite de Swann à Odette a révélé ce jeu d’imbrications multiples et kaléidoscopique de la vision. Le personnage chez Proust est la conséquence d’une construction de facettes multiples, l’homogénéité psychologique et même l’apparence ne sont qu’un leurre, mieux, nulle part dans le roman, l’on ne trouve trace d’une telle homogénéité. De plus, l’on sait que la représentation des personnages est soutenue par un jeu de mécanismes circulaires qui démultiplie les plans de la perception. Le procédé de la mise en abyme d’Odette comme image de femme regardant une image de femme exemplifie ce mécanisme. La morale de ce procédé consiste à mettre à nu la fabrication de l’artifice afin d’éviter le leurre idéalisant et onirique de la représentation, leurre auquel a succombé Swann.
Si l’on se transporte en d’autres lieux du texte, à son dernier volet, celui du Temps retrouvé, volet qui est très explicitement le moment le plus troublant car le plus dénudé, le lecteur prend conscience de la valeur exemplaire du roman de Swann. C’est aussi dans ce volume que Proust clarifie le rapport entre les mots et les images, entre la peinture et le texte. C’est là qu’il écrit que le style « est une question de vision et non de technique », que la vraie vie « c’est la littérature », qu’écrire « c’est avant tout abroger ses plus chères illusions » et que « le littérateur envie le peintre », enfin que « si son rêve d’être peintre n’est pas réalisable d’une manière consciente et volontaire, il se trouve pourtant avoir été réalisé ». En effet, la mémoire involontaire joue le rôle du carnet de croquis du peintre.
Sachant qu’en de nombreux endroits, l’auteur avertit son lecteur que, sous une phrase, il doit en lire une autre, on ne peut aborder tout commentaire de ces phrases qu’avec beaucoup de circonspection. Pourtant, si l’on corrèle ces morceaux à l’épisode de Swann, un tropisme semble se dégager. Tout se passe comme si ces fragments prélevés dans le dernier volume commentaient l’épisode du premier volume indiquant en quelque sorte son infratexte. En effet, le caractère onirique de l’amour de Swann renvoie au rêve de l’écrivain, celui d’être peintre, ce qu’il ne peut devenir volontairement. S’il ne peut être peintre, c’est que Proust a conscience du distinguo sémiotique entre le signe écrit et le signe peint. Proust sait très bien qu’aucune nouveauté ne parviendra à faire croire qu’une image est un paragraphe et inversement pour paraphraser Nelson Goodman. Pour mieux saisir les enjeux de cette tension, c’est ici que la question du distinguo mot vs image s’articule au phénomène de la circularité, il faut rappeler que le trait caractéristique du modernisme, dans la lignée d’un Lessing et de son Laocoon, est de dégager les caractères propres des différentes formes d’art. Cette quête de la spécificité se marie à l’époque du premier romantisme de Iéna avec la forme réflexive et circulaire. Comme l’écrit Schlegel, la poésie est « poésie de poésie ». Ou comme le rappel Serge Botet, un commentateur du premier romantisme, « le « producteur » se réfléchit lui-même en même temps que le « produit » ; la critique est encore là contemporaine de l’acte ». Ce phénomène réflexif joue dans la Recherche et la tension d’une définition spécifique du roman s’affirme également, mais elle s’affirme non pas sur un mode exclusif, mais sur un mode dialogique. C’est en effet à partir de la position du peintre que Proust construit et détermine sa position d’écrivain. La Recherche en ce sens est la réalisation du rêve de Marcel Proust, rêve impossible d’être peintre, mais rêve paradoxalement réalisé par d’autres moyens que ceux de la peinture, moyens dont il convient d’avoir conscience faute de succomber à ses plus chères illusions et de se réveiller un jour brutalement avec ce goût amer dans la bouche de s’être trompé soi-même, tout comme Swann découvrant à la fin du roman qu’il n’avait aimé qu’une image. Au détriment d’une autre, il est vrai, l’image de la vraie Odette. Image tout de même.
















































